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Industrie touristique

La Thaïlande fixe un objectif de 4 000 milliards de bahts de recettes à l’horizon 2032

Bangkok entend changer de dimension touristique. Avec son quatrième Plan national de développement du tourisme pour la période 2028-2032, le royaume ambitionne de générer au moins 4 000 milliards de bahts de recettes annuelles, tout en intégrant le cercle des 30 premières destinations mondiales selon l’indice de développement du tourisme et des voyages (TTDI). Derrière cet objectif financier, les autorités veulent engager une transformation du modèle touristique thaïlandais : attirer une clientèle à plus forte contribution économique, moderniser les infrastructures, diversifier les marchés émetteurs et mieux répartir les revenus entre les grandes entreprises et les économies locales.

La Thaïlande ne veut plus seulement accueillir davantage de touristes. Elle entend surtout tirer davantage de valeur économique de chaque séjour. C’est le principal enseignement du projet de quatrième Plan national de développement du tourisme (2028-2032), examiné le 31 octobre 2026 par le Comité national de politique touristique, sous la présidence de la vice-Première ministre Suphajee Suthumpun (ex- CEO de Dusit International Group, groupe hôtelier Thaïlandais).

Suphajee Suthumpun

Présentée par Lalida Periswiwatana, porte-parole adjointe du gouvernement, cette nouvelle feuille de route traduit une évolution des priorités économiques du royaume. Après plusieurs années marquées par la reconquête des flux internationaux, Bangkok souhaite désormais privilégier la qualité des dépenses touristiques, la montée en gamme de son offre et la capacité du secteur à irriguer davantage l’économie nationale.

Lalida Periswiwatana

L’objectif affiché est considérable : atteindre au minimum 4 000 milliards de bahts de recettes touristiques et positionner la Thaïlande parmi les 30 premiers pays du Travel & Tourism Development Index (TTDI). Un changement d’échelle qui suppose des investissements importants, une meilleure coordination des acteurs publics et privés et une politique de développement touristique moins concentrée sur les destinations déjà établies.

Un changement de modèle : privilégier la valeur plutôt que le seul volume

Le gouvernement entend faire évoluer les ressorts de la croissance touristique. La priorité ne consiste plus uniquement à augmenter les arrivées internationales, mais à attirer des visiteurs disposant d’un pouvoir d’achat supérieur, susceptibles de générer davantage de dépenses dans l’hôtellerie, la restauration, les loisirs, les transports et les activités culturelles.

Cette orientation implique une amélioration générale des produits et services touristiques, avec une exigence accrue en matière de qualité, d’infrastructures et de standards internationaux.

Le gouvernement souhaite également que les retombées économiques profitent plus directement aux petites entreprises, aux agriculteurs et aux communautés locales. Une ambition qui répond à un enjeu structurel : le tourisme thaïlandais repose sur un écosystème particulièrement étendu, mais les revenus générés ne bénéficient pas toujours de manière homogène aux territoires et aux populations qui contribuent à l’attractivité du pays.

La montée en gamme ne se limite donc pas à la construction d’hôtels de luxe ou à l’augmentation des tarifs. Elle concerne aussi la qualité des transports, l’organisation des excursions, les services aux visiteurs, la valorisation du patrimoine et la professionnalisation des opérateurs locaux.

Croisières, yachts et marinas : le prochain chantier des infrastructures

Parmi les segments identifiés comme porteurs de croissance, le tourisme maritime occupe une place particulière. Les croisières internationales et les séjours à bord de yachts représentent, aux yeux des autorités, des marchés susceptibles de générer des dépenses élevées et de renforcer l’attractivité de la Thaïlande auprès d’une clientèle internationale à fort pouvoir d’achat.

Mais cette ambition se heurte à une question très concrète : celle des infrastructures disponibles.

Le développement de terminaux dédiés aux navires de croisière et de nouvelles marinas pour yachts apparaît désormais comme une condition nécessaire pour accompagner la progression de ces activités.

La Tourism Authority of Thailand (TAT), en coordination avec les administrations concernées, doit contribuer à l’élaboration d’un cadre plus précis de développement de ces équipements.

Au-delà des infrastructures portuaires, l’enjeu est de construire une offre touristique cohérente autour des destinations maritimes, des circuits régionaux, de l’hébergement et des services à terre.

Cette orientation ouvre des perspectives pour les régions côtières et insulaires, à condition que les investissements soient accompagnés d’une politique de desserte aérienne et maritime adaptée.

Bangkok veut transformer son exposition internationale en contrats touristiques

L’organisation des Assemblées annuelles 2026 du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale constitue un autre levier de la stratégie gouvernementale.

Bangkok entend capitaliser sur cet événement international pour prolonger la visibilité du royaume auprès des décideurs, des délégations étrangères et des visiteurs internationaux.

Le ministère du Tourisme et des Sports, la TAT et les entreprises privées doivent coordonner leurs actions afin de promouvoir les destinations, les événements et les expériences qui caractérisent l’identité thaïlandaise.

L’objectif est de transformer une exposition institutionnelle ponctuelle en retombées économiques durables.

La stratégie prévoit notamment de renforcer les connexions touristiques entre Bangkok et les destinations voisines, dont Phra Nakhon Si Ayutthaya, tout en élargissant la présence commerciale de la Thaïlande sur les marchés de proximité et les marchés long-courriers.

Sur les marchés asiatiques, les autorités identifient Taïwan, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie et Singapour comme des priorités.

Pour les clientèles européennes et autres marchés long-courriers, l’approche reposera davantage sur les grands événements internationaux, les partenariats avec les tour-opérateurs et le renforcement des accords commerciaux avec les compagnies aériennes.

L’enjeu est également de réduire la saisonnalité de l’activité. En développant les motifs de déplacement tout au long de l’année, la Thaïlande cherche à améliorer le taux d’utilisation de ses capacités hôtelières et aériennes, tout en stabilisant les revenus des professionnels.

Des calendriers touristiques pour mieux répartir les dépenses

Autre évolution envisagée : la création de calendriers touristiques provinciaux couvrant les douze mois de l’année.

Ces programmes regrouperaient festivals, événements culturels, attractions et activités communautaires au sein d’itinéraires coordonnés. Des informations multilingues permettraient aux visiteurs thaïlandais et étrangers de préparer leurs déplacements et de découvrir plusieurs destinations au cours d’un même séjour.

Le gouvernement souhaite également étudier des dispositifs incitatifs encourageant les touristes à visiter plusieurs sites dans une même région.

Cette approche présente un intérêt économique évident : augmenter la durée des séjours, multiplier les dépenses locales et éviter que les revenus touristiques ne se concentrent exclusivement dans quelques pôles majeurs.

L’agritourisme et les circuits consacrés aux récoltes saisonnières de fruits doivent également bénéficier d’un soutien renforcé, notamment dans l’est du pays.

L’objectif est de rapprocher davantage les activités touristiques de l’économie agricole. Les visiteurs pourraient ainsi découvrir les productions locales, participer à des expériences rurales et acheter directement auprès des producteurs.

Pour les exploitations agricoles, les petites entreprises et les communautés concernées, le tourisme pourrait devenir une source complémentaire de revenus, moins dépendante des seuls circuits traditionnels de commercialisation.

Visas : Bangkok veut conquérir de nouveaux marchés internationaux

La diversification géographique constitue un autre axe majeur du projet.

Le comité national a notamment examiné des mesures destinées à faciliter l’accès au territoire pour les voyageurs en provenance du Mexique, de la Colombie, de l’Ouzbékistan et de la Biélorussie.

La TAT prépare des recommandations qui doivent être soumises le 9 novembre 2026 afin que le comité compétent étudie la possibilité d’accorder des exemptions de visa aux ressortissants de ces quatre pays.

Il ne s’agit toutefois, à ce stade, que de propositions. Aucune exemption supplémentaire n’a été officiellement mise en application dans le cadre de cette annonce.

Parallèlement, le ministère des Affaires étrangères travaille à l’amélioration du dispositif e-Visa. Les objectifs sont de raccourcir les délais de traitement, simplifier les démarches administratives et réduire les obstacles rencontrés par les demandeurs.

La fluidité des formalités d’entrée constitue un élément déterminant de la compétitivité touristique internationale. Dans un environnement où les destinations se livrent une concurrence croissante, la simplicité du parcours administratif peut peser dans le choix final des voyageurs.

Les autorités souhaitent également améliorer les procédures de contrôle à l’aéroport international de Suvarnabhumi, afin de réduire les files d’attente et de fluidifier l’accueil des visiteurs.

Une nouvelle organisation administrative pour piloter la stratégie

La mise en œuvre du plan s’accompagnera d’une évolution de la structure administrative chargée du tourisme et de la culture.

Le comité a reçu un état d’avancement des préparatifs, comprenant notamment un projet de législation dont l’examen parlementaire est prévu le 4 novembre 2026.

Un sous-comité consacré à la stratégie touristique a été approuvé afin d’assurer la coordination des administrations concernées pendant cette période de transition.

Weerasak Kowsurat, conseiller principal de la vice-Première ministre, en prendra la présidence.

Cette instance devra veiller à la continuité des opérations, améliorer la coordination institutionnelle et limiter les perturbations administratives liées à la réorganisation.

L’enjeu est de donner au secteur touristique une gouvernance capable d’accompagner des objectifs économiques plus ambitieux, alors que les projets d’infrastructures et la diversification des marchés nécessitent une coopération étroite entre les différentes administrations.

La taxe touristique étrangère toujours en préparation

Le projet de contribution financière demandée aux touristes étrangers a également été évoqué lors de la réunion.

Selon les informations communiquées au comité, la consultation publique a recueilli un accueil favorable. Les autorités poursuivent néanmoins le travail de finalisation des modalités et l’examen des questions encore en suspens avant une éventuelle présentation au Conseil des ministres.

À ce stade, la mesure n’est pas entrée en vigueur et aucun prélèvement n’a commencé.

Ce dossier demeure un sujet important pour l’économie touristique thaïlandaise. Au-delà des recettes potentielles, les modalités de collecte, l’utilisation des fonds et leur éventuelle affectation à l’amélioration des infrastructures et des services touristiques constitueront des éléments déterminants.

Le défi des 4 000 milliards : transformer l’ambition en retombées économiques

La nouvelle stratégie touristique thaïlandaise repose sur une conviction : le tourisme doit devenir un moteur de croissance plus qualitatif, mieux réparti et davantage intégré à l’économie nationale.

Les compagnies aériennes, les hôtels, les restaurants et les opérateurs touristiques resteront au cœur de cette dynamique. Mais Bangkok souhaite élargir le cercle des bénéficiaires aux producteurs agricoles, aux artisans, aux commerces indépendants et aux communautés rurales.

La réussite du programme dépendra cependant de plusieurs facteurs : la concrétisation des investissements dans les infrastructures, l’amélioration des liaisons aériennes et maritimes, la capacité à conquérir de nouveaux marchés et la coordination effective des acteurs publics et privés.

Les 4 000 milliards de bahts annoncés constituent un objectif politique et économique, et non une garantie de résultats. Leur atteinte supposera une progression durable des dépenses touristiques, une meilleure répartition géographique des visiteurs et une offre suffisamment compétitive pour fidéliser les clientèles internationales.

Lalida Periswiwatana a rappelé que le gouvernement entendait faire bénéficier l’ensemble de l’économie des revenus générés par le tourisme, des compagnies aériennes aux hôtels et restaurants, en passant par les petites entreprises, les agriculteurs et les communautés locales.

Pour Bangkok, le tourisme ne doit donc plus seulement être une industrie d’accueil. Il doit devenir un instrument de développement économique territorial, capable de soutenir l’emploi, l’investissement et la création de valeur dans l’ensemble du royaume.

FAQ – Tourisme en Thaïlande : le plan 2028-2032 et ses objectifs économiques

1. Quel est l’objectif financier du nouveau plan touristique thaïlandais ?

La Thaïlande ambitionne de générer au moins 4 000 milliards de bahts de recettes touristiques dans le cadre de son quatrième Plan national de développement du tourisme, couvrant la période 2028-2032.

2. Quelle est la durée du quatrième Plan national de développement du tourisme ?

Le programme couvrira cinq années, de 2028 à 2032. Il définit les grandes orientations de développement du secteur touristique thaïlandais.

3. Pourquoi la Thaïlande souhaite-t-elle attirer des touristes à plus fort pouvoir d’achat ?

Le gouvernement veut augmenter les dépenses touristiques et les retombées économiques par visiteur, plutôt que de privilégier uniquement la progression du nombre d’arrivées internationales.

4. Quels sont les principaux investissements touristiques envisagés ?

Les autorités souhaitent notamment développer les infrastructures d’accueil, les terminaux de croisière, les marinas pour yachts, les équipements touristiques et les installations destinées à améliorer l’expérience des visiteurs.

5. Quels marchés touristiques asiatiques sont prioritaires pour la Thaïlande ?

Les marchés de proximité identifiés comme prioritaires sont Taïwan, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie et Singapour.

6. Quels nouveaux marchés internationaux la Thaïlande souhaite-t-elle développer ?

Le Mexique, la Colombie, l’Ouzbékistan et la Biélorussie font notamment l’objet de propositions visant à faciliter les formalités d’entrée, avec une éventuelle exemption de visa.

7. La Thaïlande envisage-t-elle de simplifier les formalités de visa ?

Oui. Le ministère des Affaires étrangères travaille à l’amélioration du système e-Visa, avec pour objectifs de réduire les délais de traitement et de simplifier les démarches administratives.

8. Quel rôle les compagnies aériennes et les tour-opérateurs auront-ils dans cette stratégie ?

Les partenariats avec les compagnies aériennes et les tour-opérateurs doivent contribuer à attirer davantage de visiteurs internationaux, développer les marchés long-courriers et favoriser les voyages tout au long de l’année.

9. Pourquoi la Thaïlande souhaite-t-elle développer l’agritourisme ?

L’agritourisme doit permettre aux agriculteurs et aux producteurs locaux de bénéficier directement des dépenses des visiteurs, notamment grâce aux circuits de découverte des exploitations et aux excursions consacrées aux récoltes saisonnières de fruits.

10. La Thaïlande va-t-elle instaurer une taxe touristique pour les visiteurs étrangers ?

Un projet de contribution touristique est toujours à l’étude. Les autorités finalisent ses modalités avant une éventuelle présentation au Conseil des ministres. La taxe n’est pas encore entrée en vigueur et aucun paiement n’est actuellement collecté au titre de cette mesure.

11. Quel est l’objectif de la Thaïlande dans le classement mondial du tourisme ?

Le royaume souhaite intégrer les 30 premières destinations mondiales du Travel & Tourism Development Index (TTDI), un indice international évaluant notamment la compétitivité et les conditions de développement du tourisme.

12. Comment ce plan pourrait-il bénéficier aux destinations insulaires et aux régions moins fréquentées ?

Le développement des infrastructures maritimes, la création de circuits régionaux et la diversification des activités touristiques pourraient favoriser une meilleure répartition des visiteurs et des revenus. Les destinations insulaires et les territoires côtiers pourraient notamment bénéficier d’une meilleure intégration aux itinéraires touristiques nationaux.

13. Quand les nouvelles mesures touristiques entreront-elles en application ?

Le plan concerne la période 2028-2032. Plusieurs propositions, notamment celles relatives aux visas, aux infrastructures et à la contribution touristique, restent soumises à des procédures d’examen et de validation. Elles ne doivent donc pas être considérées comme déjà applicables.

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