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Infrastructure – Grands travaux

Deux méga-ponts vont transformer le sud de la Thaïlande : quels impacts pour le tourisme ?

Le sud de la Thaïlande s’apprête à connaître une transformation importante de ses infrastructures de transport. Deux projets de méga-ponts, dont la mise en service est annoncée pour 2029, doivent améliorer considérablement les déplacements dans deux secteurs très différents : l’archipel de Lanta, dans la province de Krabi, et la région du lac Songkhla, entre les provinces de Songkhla et de Phatthalung.

À première vue, ces deux ouvrages peuvent apparaître comme de simples projets routiers. Leur portée est pourtant beaucoup plus large. Ils concernent directement l’accessibilité de destinations touristiques, la mobilité quotidienne des populations locales, le développement économique régional et, surtout, la volonté affichée par les autorités thaïlandaises de mieux répartir la croissance touristique dans le Sud.

Cette évolution intervient alors que la Thaïlande cherche à développer de nouvelles destinations, à améliorer ses infrastructures et à favoriser un tourisme davantage réparti sur l’ensemble du territoire. L’objectif n’est plus seulement de concentrer les visiteurs dans les destinations déjà mondialement connues, mais de faciliter l’accès à des territoires qui disposent d’un important potentiel touristique.

Le pont entre Krabi et l’archipel de Lanta constitue, à ce titre, un projet particulièrement intéressant pour le tourisme international. Celui qui traversera le lac Songkhla répond davantage à une logique de désenclavement régional, tout en pouvant créer de nouvelles possibilités de découverte touristique.

Outre le pont de Koh Samui, plus compliqué à mettre en place, ces 2 infrastructures sont amenés à redessiner le transport dans le sud de la Thailande

Krabi-Lanta : la fin progressive d’une dépendance aux ferries

Pour comprendre l’importance du futur pont de Lanta, il faut se replacer dans la réalité actuelle des déplacements.

L’archipel de Lanta est constitué notamment de Koh Lanta Noi et de Koh Lanta Yai, cette dernière étant la principale île touristique. Depuis le continent, l’accès repose aujourd’hui sur des bateaux à passagers et des ferries capables de transporter les véhicules.

Pour les visiteurs, cette traversée fait partie de l’expérience du voyage. Elle permet de quitter progressivement le continent et d’entrer dans un environnement insulaire.

Mais elle représente également une contrainte logistique.

Les temps de trajet peuvent varier selon les conditions météorologiques, la fréquentation, les horaires des ferries et, plus généralement, les conditions de navigation. Pendant certaines périodes de mousson, la météo peut également perturber les liaisons.

Le futur pont modifiera radicalement cette situation.

L’ouvrage devrait permettre de rejoindre Koh Lanta Noi depuis le continent en quelques minutes seulement, avant de poursuivre vers Koh Lanta Yai par le pont Siri Lanta existant.

Pour les touristes arrivant de Krabi, le changement sera donc considérable : une destination insulaire aujourd’hui accessible par bateau deviendra directement accessible par la route.

Un ouvrage de 2,5 kilomètres

Le futur pont Krabi-Lanta sera un ouvrage à haubans d’environ 2,5 kilomètres.

Il reliera la route nationale 4206 sur le continent à la route rurale 5035 sur Koh Lanta Noi. Cette dernière permet ensuite de rejoindre Koh Lanta Yai grâce au pont Siri Lanta.

Le budget annoncé atteint environ 1,78 milliard de bahts.

Au-delà de sa fonction de transport, le pont doit également posséder une identité architecturale propre. Son design fera notamment référence à l’histoire et à la culture de Krabi, avec une inspiration provenant des mâts d’une jonque chinoise et des sabres croisés.

Cette dimension esthétique n’est pas anodine dans une région où les infrastructures touristiques deviennent elles-mêmes des éléments du paysage et parfois des attractions photographiques.

La Thaïlande a déjà développé cette approche sur plusieurs grands ouvrages : créer une infrastructure fonctionnelle tout en lui donnant une identité visuelle susceptible de devenir un nouveau symbole régional.

Jusqu’à 1,5 million de visiteurs par an ?

L’un des principaux enjeux du projet concerne évidemment le tourisme.

L’archipel de Lanta accueille actuellement plus de 800 000 visiteurs par an. Les autorités touristiques estiment que ce chiffre pourrait atteindre environ 1,5 million de visiteurs annuels après l’ouverture du pont.

Il s’agit d’une progression considérable.

Une telle évolution aurait des conséquences sur l’ensemble de l’économie locale : hôtels, restaurants, transports, excursions, commerces, activités nautiques, location de véhicules, services touristiques et immobilier pourraient être concernés.

Mais cette perspective soulève également une question essentielle : comment accueillir davantage de visiteurs sans dégrader l’environnement qui constitue précisément l’une des principales raisons de venir à Lanta ?

C’est probablement l’un des grands défis des prochaines années.

L’amélioration de l’accessibilité est généralement bénéfique pour une destination touristique. Elle peut cependant accélérer très rapidement la fréquentation. Une île qui nécessite actuellement une traversée en ferry conserve naturellement une forme de filtre physique. Avec un pont ouvert 24 heures sur 24, cette barrière disparaît en grande partie.

Le tourisme pourrait donc devenir plus fluide, mais également beaucoup plus massif.

Une transformation qui concerne aussi les habitants

Le futur pont ne doit toutefois pas être considéré uniquement comme une infrastructure touristique.

Quelque 20 000 habitants vivent dans l’archipel de Lanta. Pour eux, l’amélioration des communications avec le continent peut représenter un changement majeur dans la vie quotidienne.

L’un des domaines les plus importants concerne la santé.

Le directeur de l’hôpital de Koh Lanta, le Dr Wirayut Sontimuang, a notamment souligné que des patients doivent régulièrement être transférés vers des établissements hospitaliers plus importants situés sur le continent.

Dans une situation médicale urgente, quelques dizaines de minutes peuvent avoir une importance considérable.

Une liaison routière fixe permettra de réduire la dépendance aux horaires des ferries et aux conditions météorologiques. Elle pourra ainsi faciliter les évacuations sanitaires et l’accès aux services médicaux spécialisés.

Le même raisonnement peut être appliqué à l’approvisionnement des îles, aux déplacements professionnels, à la scolarité, aux services publics et à la circulation des marchandises.

Le pont Krabi-Lanta est donc autant un projet de développement local qu’un projet touristique.

Le choix d’un constructeur chinois

Le contrat de construction a été attribué à China Harbour Engineering Company, ou CHEC, un groupe international spécialisé dans les grandes infrastructures et filiale de China Communications Construction Company, entreprise publique chinoise.

Cette participation illustre également la place croissante des entreprises chinoises dans les grands projets d’infrastructures thaïlandais.

Le chantier devra cependant respecter les exigences thaïlandaises et internationales en matière de construction, de sécurité et d’environnement.

Cette question est particulièrement importante dans une région dont l’économie dépend largement de la qualité de ses paysages et de ses écosystèmes.

Le deuxième projet : traverser le lac Songkhla

Le second méga-pont annoncé dans le sud de la Thaïlande est d’une nature différente.

Il traversera le lac Songkhla sur environ 7 kilomètres et reliera le district de Krasae Sin, dans la province de Songkhla, au district de Khao Chaison, dans la province de Phatthalung.

Le coût du projet est estimé à 4,6 milliards de bahts.

Son financement repose sur un montage associant un prêt de la Banque mondiale, à hauteur de 70 %, et une participation de 30 % du gouvernement thaïlandais.

L’objectif est avant tout de réduire considérablement le temps de déplacement entre les deux provinces.

Aujourd’hui, le trajet peut prendre près de deux heures. Avec le nouveau pont, il pourrait être ramené à environ 15 minutes.

Une telle réduction change complètement la géographie des déplacements.

Des territoires aujourd’hui relativement éloignés les uns des autres pourraient se retrouver intégrés dans un même bassin économique et touristique.

Le lac Songkhla, un écosystème exceptionnel

Le projet présente toutefois une difficulté majeure : le lac Songkhla n’est pas un simple obstacle géographique à franchir.

Il constitue le plus important système lacustre intérieur de Thaïlande et abrite une biodiversité remarquable.

Le lac est notamment connu pour accueillir l’une des dernières populations mondiales de dauphins de l’Irrawaddy, une espèce classée en danger critique d’extinction.

Selon les dernières estimations citées dans le cadre du projet, seulement 12 à 14 individus subsisteraient dans cette zone.

Cette donnée permet de mesurer la sensibilité environnementale du chantier.

Construire un pont de sept kilomètres au-dessus d’un écosystème aussi fragile nécessite donc des précautions particulières.

Les autorités indiquent que le projet prévoit des mesures de protection environnementale et de restauration écologique.

Le démarrage des travaux doit également être précédé de consultations avec le Département des pêches afin de prendre en compte les populations aquatiques et les activités de pêche artisanale.

Un équilibre difficile entre développement et protection

C’est probablement autour du lac Songkhla que se trouve l’un des enjeux les plus délicats de ces grands projets.

La Thaïlande souhaite améliorer les infrastructures du Sud et favoriser son développement économique. Dans le même temps, certaines des régions concernées possèdent précisément une valeur écologique qui constitue un patrimoine difficilement remplaçable.

Le défi consiste donc à améliorer la mobilité sans transformer les infrastructures en facteur de dégradation environnementale.

Cette problématique concerne aujourd’hui de nombreuses destinations touristiques dans le monde.

L’ouverture d’une nouvelle route, d’un pont ou d’un aéroport peut rendre une destination beaucoup plus accessible. Mais cette accessibilité peut également provoquer une augmentation rapide de la fréquentation, de l’urbanisation et de la pression foncière.

Dans le cas du lac Songkhla, la protection de la biodiversité devra donc rester un élément central du développement du projet.

Quand un pont devient une attraction touristique

Les concepteurs du futur pont sur le lac Songkhla ont également prévu de lui donner une dimension culturelle.

Les garde-corps seront décorés de motifs inspirés du Manorah, une danse traditionnelle du sud de la Thaïlande.

L’objectif est ainsi de faire du pont plus qu’un simple axe routier.

Cette approche rejoint une tendance observée dans plusieurs régions touristiques : les infrastructures deviennent elles-mêmes des éléments du patrimoine contemporain.

Un pont spectaculaire peut devenir un point de vue, un lieu photographique ou une étape d’un itinéraire.

Pour le Sud de la Thaïlande, cela peut contribuer à créer de nouvelles expériences touristiques en dehors des destinations insulaires déjà connues.

Vers une nouvelle géographie touristique du Sud ?

Ces deux projets doivent surtout être replacés dans une évolution plus générale du tourisme thaïlandais.

Pendant plusieurs décennies, l’image internationale du Sud s’est construite autour de quelques destinations emblématiques : Phuket, Krabi, Koh Samui, Koh Phi Phi, Koh Phangan et Koh Tao.

Mais le territoire méridional est beaucoup plus vaste.

Entre la mer d’Andaman et le golfe de Thaïlande existent de nombreux espaces encore relativement peu fréquentés par le tourisme international.

Le développement des infrastructures peut progressivement modifier cette situation.

Krabi pourrait renforcer son rôle de porte d’entrée vers Lanta et d’autres îles de la mer d’Andaman.

Songkhla et Phatthalung pourraient quant à elles développer davantage leurs échanges économiques et touristiques.

Le lac Songkhla pourrait devenir une étape plus accessible pour les visiteurs souhaitant découvrir une autre facette du Sud, davantage tournée vers la nature, les communautés locales, la gastronomie et le patrimoine culturel.

Une évolution à surveiller pour les voyageurs français

Pour les voyageurs européens, et notamment français, ces transformations peuvent sembler éloignées des circuits touristiques traditionnels.

Elles pourraient pourtant avoir des conséquences à moyen terme sur la manière de construire un voyage dans le sud du pays.

L’amélioration des infrastructures permet notamment d’imaginer davantage de circuits combinant plusieurs territoires.

Un séjour à Krabi pourrait plus facilement être prolongé vers Lanta. Une découverte de Songkhla pourrait être associée à Phatthalung et à d’autres destinations du sud.

Cette logique correspond à une évolution du tourisme thaïlandais : plutôt que de rester plusieurs jours dans une seule station balnéaire, certains voyageurs recherchent désormais davantage de diversité, avec une combinaison entre plages, nature, culture, gastronomie et découverte des territoires.

Les nouveaux axes routiers peuvent faciliter cette mobilité.

2029 : une échéance importante

Les deux ponts devraient être achevés en 2029.

D’ici là, plusieurs années seront nécessaires pour mener les travaux, gérer les impacts environnementaux et préparer les territoires à l’augmentation potentielle de leur fréquentation.

Pour les autorités thaïlandaises, l’enjeu est de transformer ces nouvelles infrastructures en outils de développement économique tout en évitant les effets négatifs d’une croissance touristique mal maîtrisée.

Pour les habitants, l’amélioration des déplacements constitue une promesse de désenclavement.

Pour les professionnels du tourisme, elle ouvre de nouvelles possibilités de circuits et de découverte.

Pour les visiteurs, elle pourrait rendre accessibles plus facilement des territoires qui restent aujourd’hui relativement éloignés des grands itinéraires internationaux.

Le Sud thaïlandais entre dans une nouvelle phase

Les deux méga-ponts ne vont pas seulement raccourcir des temps de trajet.

Ils pourraient contribuer à modifier progressivement la carte touristique et économique du sud de la Thaïlande.

Le pont Krabi-Lanta rapprochera directement l’archipel de Lanta du continent et pourrait faire passer sa fréquentation de plus de 800 000 visiteurs à environ 1,5 million par an selon les projections citées par les autorités.

Le pont du lac Songkhla réduira quant à lui un trajet de près de deux heures à environ 15 minutes entre certaines zones de Songkhla et de Phatthalung.

Dans les deux cas, l’infrastructure constitue un accélérateur potentiel de développement.

Mais le véritable succès de ces projets ne se mesurera pas uniquement au nombre de véhicules qui les emprunteront ou au nombre de touristes supplémentaires accueillis.

Il dépendra aussi de la capacité des autorités à préserver les écosystèmes, à protéger les populations locales, à maintenir l’identité culturelle des territoires et à organiser une croissance touristique compatible avec les ressources disponibles.

Le Sud de la Thaïlande possède encore de nombreux espaces où le tourisme international reste relativement limité. Les grands projets d’infrastructures pourraient contribuer à les rapprocher des principaux circuits touristiques.

La question essentielle sera donc moins de savoir si ces ponts vont changer le Sud que de déterminer comment le Sud choisira d’utiliser cette nouvelle accessibilité.

À l’horizon 2029, la réponse pourrait dessiner une nouvelle géographie du tourisme thaïlandais.

FAQ

Quel est le projet de pont entre Krabi et Koh Lanta ?
Il s’agit d’un pont à haubans d’environ 2,5 kilomètres qui doit relier le continent, dans la province de Krabi, à Koh Lanta Noi. Cette île est ensuite reliée à Koh Lanta Yai par le pont Siri Lanta.

Quand le pont Krabi-Koh Lanta sera-t-il terminé ?
La mise en service des deux grands projets de ponts évoqués est prévue pour 2029.

Combien coûtera le pont Krabi-Lanta ?
Le budget annoncé pour le pont reliant Krabi à l’archipel de Lanta est d’environ 1,78 milliard de bahts.

Combien de touristes visitent actuellement l’archipel de Lanta ?
L’archipel accueille actuellement plus de 800 000 visiteurs par an. Les autorités estiment que la fréquentation pourrait atteindre environ 1,5 million de visiteurs annuels après l’ouverture du pont.

Pourquoi construire un pont entre Krabi et Koh Lanta ?
Le projet doit faciliter l’accès touristique aux îles, sécuriser les déplacements et améliorer la vie quotidienne des quelque 20 000 habitants de l’archipel, notamment pour les transferts médicaux vers le continent.

Quel est le deuxième grand pont prévu dans le sud de la Thaïlande ?
Il s’agit d’un pont d’environ 7 kilomètres qui traversera le lac Songkhla et reliera le district de Krasae Sin à Songkhla au district de Khao Chaison à Phatthalung.

Combien coûtera le pont du lac Songkhla ?
Son coût est estimé à 4,6 milliards de bahts. Le financement prévu repose à 70 % sur un prêt de la Banque mondiale et à 30 % sur des fonds du gouvernement thaïlandais.

Pourquoi le pont du lac Songkhla pose-t-il un enjeu environnemental particulier ?
Le lac abrite une biodiversité importante et notamment une population très réduite de dauphins de l’Irrawaddy, une espèce en danger critique d’extinction. Des mesures de protection environnementale et des consultations avec les autorités chargées des pêches sont donc prévues.

Quel sera le gain de temps grâce au pont du lac Songkhla ?
Le trajet entre certaines zones de Phatthalung et Songkhla, actuellement proche de deux heures, pourrait être réduit à environ 15 minutes.

Les deux ponts vont-ils augmenter le tourisme dans le sud de la Thaïlande ?
Ils devraient améliorer considérablement l’accessibilité de plusieurs territoires. Dans le cas de Lanta, les autorités anticipent une augmentation importante de la fréquentation. L’ampleur réelle des effets touristiques dépendra toutefois de l’évolution de l’offre hôtelière, des transports, de l’environnement et de la demande.

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