Le classement touristique de la Thaïlande progresse à la 38e place, mais des faiblesses pourraient freiner sa croissance
L’indice du Forum économique mondial fait gagner dix places à la Thaïlande, mais les retombées locales limitées, l’énergie fossile et le manque de compétences menacent son objectif d’intégrer le top 30, selon l’ancien dirigeant de l’Autorité du tourisme de Thaïlande.
La Thaïlande a gagné dix places pour se hisser au 38e rang parmi 110 économies dans l’édition 2026 de l’Indice de développement du voyage et du tourisme (TTDI) du Forum économique mondial.
Cette progression témoigne de la résilience du secteur touristique thaïlandais, mais elle met également en évidence des faiblesses structurelles susceptibles de ralentir les ambitions du pays, qui souhaite rejoindre le top 30 mondial. La Thaïlande a obtenu un score de 4,35 sur 7, en hausse de 5,6 % par rapport à l’édition 2024.
Le Forum économique mondial l’a classée parmi les dix économies ayant enregistré les plus fortes améliorations. Sept d’entre elles sont des pays en développement d’Asie du Sud-Est et d’Asie du Sud, notamment la République démocratique populaire lao (+6,1 %) et la Malaisie (+5,8 %).
Yuthasak Supasorn, ancien gouverneur de l’Autorité du tourisme de Thaïlande (TAT), a déclaré que cette progression à la 38e place démontrait que l’attractivité et la résilience du tourisme thaïlandais demeuraient fortes.

Cependant, Singapour, la Malaisie et l’Indonésie exploitent leurs infrastructures et les technologies pour prendre l’avantage, a-t-il souligné. Selon lui, miser uniquement sur la culture, la nature, l’exemption de visa et les prix bas ne suffira pas à garantir au pays une position de leader à l’avenir.
La prochaine étape pour la Thaïlande ne consiste donc pas à augmenter les volumes, mais à maîtriser « l’art de gérer la croissance », a-t-il expliqué.

Comment les pays de l’ASEAN se comparent-ils ?
Singapour domine la région à la 13e place, avec un score de 4,89, en progression d’un rang. L’Indonésie occupe la 23e place (4,56), en recul d’un rang. La Malaisie réalise la plus forte progression régionale, avec un bond de treize places qui la porte au 26e rang (4,50).
La Thaïlande arrive ensuite à la 38e place, devant le Vietnam, classé 52e (sept places gagnées), les Philippines, 57es (huit places gagnées), et la République démocratique populaire lao, 75e (dix places gagnées). Le Cambodge ne figure plus dans le périmètre de cette édition.
Le score thaïlandais reste supérieur à la moyenne de l’Asie du Sud-Est, établie à 4,32.

Les facteurs qui ont fait progresser la Thaïlande
Le Forum économique mondial indique que l’Asie-Pacifique est la région ayant enregistré la plus forte amélioration, avec une hausse moyenne de 3,6 % de son score. La région poursuit ainsi son redressement après une réouverture postpandémique plus tardive que prévu.
L’Asie du Sud-Est a enregistré les plus fortes progressions mondiales dans deux domaines : les ressources culturelles (+26,5 %) et la préparation aux technologies de l’information et de la communication (TIC) (+14,7 %). Les ressources culturelles constituent également le principal point fort de la Thaïlande.
Dans cette catégorie, le pays a progressé de 42 %, soit la plus forte amélioration enregistrée par une économie. Ce pilier est aussi celui qui a le plus progressé dans l’ensemble de l’indice.
L’ouverture en matière de visas participe également à cette dynamique.
Le Forum économique mondial a constaté que seul environ un tiers des économies avait assoupli ses exigences en matière de visas entre 2024 et 2026, les avancées les plus importantes ayant été réalisées en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient.
Yuthasak Supasorn cite les visas gratuits parmi les avantages concurrentiels de la Thaïlande.
Une meilleure capacité à attirer les touristes qu’à en tirer une valeur durable
Selon Thanawan Winaisathien, du média Thansettakij, l’analyse des dix-sept piliers de l’indice montre que la Thaïlande sait attirer les visiteurs, mais rencontre davantage de difficultés à transformer ces flux touristiques en retombées durables. Cinq faiblesses structurelles ont été identifiées.
Le score le plus faible concerne l’impact socio-économique du tourisme, pour lequel la Thaïlande se classe au 106e rang. D’importantes sommes circulent dans le secteur, mais une faible part bénéficie directement aux communautés locales. Une grande partie des revenus revient aux grandes entreprises et aux multinationales, tandis que le secteur crée relativement peu d’emplois fortement rémunérés.
La durabilité environnementale occupe la 76e place, la croissance touristique reposant encore largement sur une production d’électricité alimentée par des combustibles fossiles.
Les hôtels et les équipements destinés aux visiteurs n’ont pas suivi le rythme de la demande, provoquant des problèmes de capacité dans les destinations les plus fréquentées.
Les infrastructures terrestres et portuaires se situent au 43e rang. La faible densité du réseau routier et les insuffisances des transports publics compliquent la répartition des visiteurs vers les villes secondaires.
Les ressources humaines occupent la 50e place, en raison d’un manque de personnel qualifié et maîtrisant les outils numériques.
Le Forum économique mondial avertit que le secteur touristique mondial pourrait faire face, d’ici 2035, à un déficit de 43 millions de travailleurs, soit 16 % des effectifs nécessaires.
La Thaïlande se classe au 58e rang pour les technologies de l’information et de la communication. Si la connectivité et les paiements numériques ont progressé, les petites entreprises exploitent encore peu les outils d’intelligence artificielle et les solutions informatiques en nuage.
L’époque où la Thaïlande était considérée comme une destination bon marché touche également à sa fin. Le pays occupait autrefois la septième place mondiale en matière de compétitivité des prix. Or, le Forum économique mondial constate que cette compétitivité s’est dégradée dans les trois quarts des économies, les coûts des voyages ayant augmenté plus rapidement que l’inflation.
À mesure que les prix thaïlandais se rapprochent de ceux de la Malaisie ou de Taïwan, les voyageurs accordent davantage d’importance au rapport qualité-prix, qui dépend notamment des infrastructures, de la propreté, de la sécurité et de l’innovation dans les services.
L’analyse identifie trois risques susceptibles de se transformer en crise s’ils ne sont pas traités.
Premièrement, les exemptions de visa accélèrent l’arrivée des visiteurs plus rapidement que les routes, les aéroports, les transports et les services publics locaux ne peuvent absorber les flux. Il en résulte une augmentation des déchets, des eaux usées, une dégradation des infrastructures et une expérience touristique insatisfaisante, susceptible de nuire à l’image du pays.
Deuxièmement, chercher à compenser l’augmentation des coûts par une hausse du nombre de visiteurs ne fait qu’aggraver la congestion.
Troisièmement, si les opérateurs thaïlandais ne parviennent pas à utiliser les technologies pour gérer les flux de visiteurs et optimiser leurs revenus, les bénéfices risquent de profiter principalement aux plateformes étrangères de réservation de voyages en ligne.

Cinq propositions pour intégrer le top 30 mondial
Yuthasak Supasorn avance cinq propositions destinées à renforcer durablement la compétitivité touristique de la Thaïlande.
1. Faire de la durabilité environnementale une priorité nationale
Il propose notamment de mettre en place des financements verts à taux réduit pour permettre aux hôtels d’installer des panneaux solaires, de traiter leurs eaux usées et de réduire leurs déchets plastiques.
Il préconise également d’imposer des capacités d’accueil strictes dans les parcs nationaux, les sites inscrits au patrimoine mondial et les îles. Une tarification dynamique permettrait d’orienter une partie des visiteurs vers les périodes moins fréquentées.
2. Combler le déficit d’investissement et mieux relier les villes secondaires
Les partenariats public-privé pourraient résoudre le problème du dernier kilomètre grâce à des minibus électriques reliant les aéroports et les gares aux sites touristiques, avec des systèmes de billetterie communs.
Les règles d’urbanisme et la législation hôtelière devraient également être révisées afin de permettre de nouvelles formes d’investissement, notamment dans les écolodges.
3. Développer un pôle de tourisme de longévité et de santé
L’objectif serait de réunir les services médicaux, l’immobilier, les spas, la nutrition et la santé communautaire au sein d’un même écosystème axé sur la prévention.
Des visas de long séjour ciblés et des assurances santé destinées aux retraités issus des économies développées pourraient soutenir cette stratégie.
L’ambition est d’augmenter les revenus générés par chaque visiteur plutôt que de chercher systématiquement à attirer davantage de touristes.
4. Considérer les données et l’intelligence artificielle comme des infrastructures nationales
Yuthasak propose de créer un système national de données ouvertes, organisé autour d’un graphe de connaissances réunissant les lieux, les hébergements, les activités, les festivals et les réseaux de transport.
Grâce à des normes ouvertes, les outils mondiaux de recherche et d’intelligence artificielle pourraient présenter ces informations de manière plus précise, améliorant ainsi la visibilité des villes secondaires et des destinations moins connues.
5. Renforcer les compétences humaines dans les services
Une plateforme nationale de formation continue, développée avec les établissements d’enseignement professionnel, permettrait aux salariés d’acquérir des compétences en intelligence artificielle appliquée aux services, d’apprendre une troisième langue et de se perfectionner dans l’hôtellerie haut de gamme.
L’amélioration des salaires, des conditions de travail et de la flexibilité des horaires serait également nécessaire pour attirer de nouveau des travailleurs qualifiés vers le secteur.
Un tourisme créateur de richesse durable
Pour Yuthasak Supasorn, l’intégration de la Thaïlande dans le top 30 mondial ne pourra se concrétiser que si le tourisme permet de construire un écosystème économique créateur de richesse, capable de répartir plus équitablement les revenus et de produire une valeur durable au bénéfice des générations futures.
FAQ – Tourisme en Thaïlande : classement mondial, défis et perspectives
1. Quelle est la place de la Thaïlande dans le classement touristique mondial en 2026 ?
La Thaïlande se classe au 38e rang parmi 110 économies dans l’Indice de développement du voyage et du tourisme 2026 du Forum économique mondial. Elle a gagné dix places par rapport à l’édition précédente, avec un score de 4,35 sur 7.
2. Pourquoi le tourisme thaïlandais progresse-t-il ?
Cette progression repose notamment sur l’attractivité culturelle du pays, la diversité de ses paysages, l’amélioration de ses infrastructures numériques et sa politique d’ouverture aux voyageurs internationaux, notamment grâce aux exemptions de visa.
3. Quels pays d’Asie du Sud-Est devancent la Thaïlande ?
Singapour se classe au 13e rang mondial, l’Indonésie au 23e et la Malaisie au 26e. La Thaïlande occupe la 38e place, devant le Vietnam, les Philippines et le Laos dans ce classement.
4. Quelles sont les principales faiblesses du tourisme thaïlandais ?
Les difficultés concernent notamment les retombées économiques limitées pour les populations locales, la durabilité environnementale, les infrastructures de transport, les capacités d’accueil dans les destinations populaires et le manque de personnel qualifié.
5. Pourquoi la croissance touristique peut-elle devenir un problème ?
Une augmentation trop rapide du nombre de visiteurs peut saturer les transports, les réseaux d’assainissement et les services publics. Elle risque également de dégrader les sites naturels, de réduire la qualité de l’expérience touristique et de fragiliser l’image de la destination.
6. La Thaïlande est-elle toujours une destination bon marché ?
La Thaïlande conserve une offre diversifiée, mais son avantage tarifaire historique s’érode. Les voyageurs accordent désormais une importance croissante au rapport qualité-prix, qui dépend aussi de la qualité des hébergements, de la sécurité, de la propreté et des services proposés.
7. Quel est l’objectif touristique de la Thaïlande ?
Le pays ambitionne d’intégrer le top 30 mondial. Pour y parvenir, il devra améliorer la qualité de son offre, mieux répartir les revenus touristiques, renforcer ses infrastructures et maîtriser les conséquences environnementales de la fréquentation.
8. Quel rôle l’intelligence artificielle peut-elle jouer dans le tourisme thaïlandais ?
L’intelligence artificielle pourrait faciliter la gestion des flux touristiques, améliorer l’accès à l’information et renforcer la visibilité des destinations secondaires. Le développement de données fiables et structurées aiderait également les moteurs de recherche et les assistants conversationnels à mieux présenter les offres touristiques locales.
9. Quelles destinations pourraient bénéficier d’une meilleure répartition des visiteurs ?
Les destinations secondaires et les territoires moins fréquentés pourraient profiter d’une politique encourageant les séjours hors des principaux pôles touristiques. Dans le sud du pays, des régions comme Khanom et Sichon Bay peuvent notamment compléter la découverte des îles de Koh Samui, Koh Phangan et Koh Tao, en associant plages, nature et expériences locales.
10. Comment concilier développement touristique et protection de l’environnement ?
Plusieurs mesures sont envisagées : limiter la fréquentation des sites fragiles, améliorer le traitement des eaux usées, réduire les déchets plastiques, développer les énergies renouvelables dans les établissements touristiques et encourager les voyageurs à découvrir les destinations en dehors des périodes de forte affluence.
11. Pourquoi les retombées économiques locales sont-elles un enjeu majeur ?
L’augmentation des arrivées ne garantit pas une amélioration équivalente des revenus des habitants. L’enjeu consiste à favoriser les entreprises locales, l’emploi qualifié, les achats auprès des producteurs régionaux et les investissements qui bénéficient directement aux communautés d’accueil.
12. Quel avenir pour le tourisme en Thaïlande ?
La Thaïlande dispose d’atouts considérables grâce à son patrimoine culturel, ses îles, sa gastronomie et sa diversité naturelle. Son avenir dépendra toutefois de sa capacité à dépasser une logique fondée principalement sur le nombre de visiteurs pour privilégier un tourisme de meilleure qualité, plus durable et créateur de valeur pour l’ensemble du territoire.


