Cannabis en Thaïlande : une erreur majeure aux conséquences bien plus larges que prévu ?
En 2022, la Thaïlande ouvrait une porte que peu de pays asiatiques avaient osé pousser. En retirant le cannabis de la liste des stupéfiants, le royaume voulait créer une nouvelle économie, soutenir les agriculteurs, développer le cannabis médical et stimuler le tourisme. Mais la réalité a rapidement dépassé le projet initial. Des milliers de boutiques ont fleuri dans les quartiers touristiques, le cannabis est devenu un produit commercial ordinaire et une nouvelle clientèle s’est développée autour de cette activité.
Quatre ans plus tard, le bilan est beaucoup plus nuancé. La Thaïlande a considérablement durci sa réglementation et le cannabis est désormais destiné essentiellement à un usage médical. Entre-temps, une question demeure : le royaume n’a-t-il pas commis une erreur stratégique majeure en permettant à cette économie de se développer aussi rapidement ? Une erreur qui concerne sa jeunesse, son image touristique, mais aussi les conséquences internationales de cette libéralisation, notamment lorsque des voyageurs étrangers tentent de sortir du pays avec du cannabis.
La Thaïlande voulait créer une nouvelle économie
Lorsque le cannabis est retiré de la liste des stupéfiants en juin 2022, l’ambition thaïlandaise est considérable.
Le royaume veut développer une nouvelle filière agricole et médicale. Le cannabis doit devenir une nouvelle source de revenus pour les agriculteurs, favoriser l’investissement, créer des emplois et participer à la diversification de l’économie.
Le projet n’est donc pas, officiellement, de transformer Bangkok, Phuket, Pattaya en capitales asiatiques du cannabis récréatif.
Mais le marché va rapidement prendre une autre direction.
Des milliers de boutiques apparaissent, particulièrement dans les zones touristiques. La valeur potentielle de l’industrie est alors estimée à plus d’un milliard de dollars. Reuters rapportait en juin 2025 que la Chambre de commerce thaïlandaise avait estimé que le marché pouvait atteindre 1,2 milliard de dollars.
Le problème est que la réglementation n’a pas avancé à la même vitesse que le marché.
Et c’est probablement là que se trouve la première grande erreur.
Une libéralisation beaucoup trop rapide
La Thaïlande a créé un marché avant de créer suffisamment de garde-fous.
C’est une différence essentielle.
On peut parfaitement développer une industrie du cannabis médical sans autoriser une économie touristique du cannabis.
On peut soutenir les agriculteurs sans transformer les rues des stations balnéaires en alignements de dispensaires.
On peut autoriser la recherche médicale sans donner aux adolescents l’impression que le cannabis est devenu un produit banal.
Or, entre 2022 et 2025, la frontière entre ces différents modèles est devenue extrêmement floue.
Des commerces se sont installés à proximité des lieux touristiques.
Le cannabis est devenu visible.
Il est devenu commercial.
Il est devenu associé aux vacances.
Et, progressivement, la Thaïlande a été identifiée par une partie des voyageurs internationaux comme une destination où l’accès au cannabis était particulièrement facile.
C’est précisément ce que les autorités cherchent désormais à corriger.
Le grand paradoxe thaïlandais
Le paradoxe est spectaculaire.
En 2022, la Thaïlande ouvre largement le marché.
En 2023 et 2024, les commerces se multiplient.
Puis, face aux critiques et aux inquiétudes sanitaires et sociales, le gouvernement change de direction.
Depuis 2025, les fleurs de cannabis sont beaucoup plus strictement contrôlées et l’accès est essentiellement limité au cadre médical, avec prescription. Les autorités thaïlandaises ont explicitement averti les touristes qu’ils ne pouvaient pas considérer le cannabis comme un produit touristique librement accessible.
La Thaïlande est donc passée d’une politique de libéralisation spectaculaire à une politique de contrôle beaucoup plus stricte.
Cette volte-face a évidemment provoqué des conséquences économiques.
Des entrepreneurs avaient investi.
Des agriculteurs avaient développé des cultures.
Des commerçants avaient ouvert des boutiques.
Des investisseurs avaient financé des projets.
Et tous se retrouvent confrontés à un changement radical du cadre réglementaire.
Mais le problème le plus important est peut-être ailleurs.
Quatre années ont suffi pour modifier les habitudes, les représentations et les comportements.
Une question fondamentale : qu’avons-nous dit à la jeunesse ?
C’est probablement la question la plus difficile.
La Thaïlande est un pays qui a historiquement mené une politique très sévère à l’égard des stupéfiants.
Et soudain, une substance auparavant interdite devient extrêmement visible dans l’espace public.
Même si la réglementation prévoyait des restrictions pour les mineurs, le message social envoyé pouvait être beaucoup plus ambigu.
Un adolescent voit une boutique de cannabis.
Il voit des produits.
Il voit des touristes entrer et sortir.
Il entend parler d’une nouvelle industrie.
Il peut difficilement comprendre toutes les nuances entre :
cannabis médical,
cannabis réglementé,
cannabis récréatif,
dépénalisation,
légalisation.
Or plusieurs travaux scientifiques récents rendent cette question particulièrement préoccupante.
Une étude publiée en 2026 sur les hospitalisations de jeunes Thaïlandais âgés de 10 à 19 ans a constaté qu’après la légalisation de 2022, le taux d’hospitalisations liées au cannabis avait fortement augmenté, parallèlement à des hausses concernant plusieurs autres substances. Les auteurs soulignent les conséquences potentiellement inattendues de la légalisation et la nécessité de renforcer la prévention auprès des adolescents.
Il faut évidemment rester prudent.
Une augmentation observée après une réforme ne permet pas, à elle seule, d’attribuer mécaniquement toute l’évolution à la légalisation.
Mais le signal mérite d’être pris très au sérieux.
Le cannabis est-il devenu trop banal ?
C’est probablement le cœur du problème.
Le danger d’une politique publique ne réside pas uniquement dans la consommation elle-même.
Il réside aussi dans la normalisation.
Lorsqu’un produit devient commercialement visible, son statut social évolue.
Il peut être perçu comme moins dangereux.
Et cette perception est particulièrement importante chez les jeunes.
Une étude consacrée à la jeunesse thaïlandaise avait déjà constaté une tendance à la hausse de la consommation de cannabis chez les jeunes et souligné la nécessité d’améliorer leur connaissance des bénéfices comme des risques associés au cannabis.
La question n’est donc pas :
« Le cannabis est-il toujours dangereux ? »
La vraie question est :
« Que se passe-t-il lorsque l’État transforme rapidement une substance contrôlée en produit commercial visible, sans avoir suffisamment préparé la population à ce changement ? »
La Thaïlande est en train de découvrir la réponse.
Et les touristes ?
Le deuxième problème concerne le tourisme.
Il faut ici éviter un jugement simpliste.
Un touriste qui consomme du cannabis n’est pas automatiquement un mauvais touriste.
Il serait absurde de prétendre que tous les voyageurs intéressés par le cannabis sont irresponsables.
Mais le tourisme fonctionne aussi selon une logique de positionnement.
Une destination attire en partie les visiteurs auxquels elle adresse ses messages.
Si elle devient célèbre pour ses temples, elle attire des voyageurs culturels.
Si elle devient célèbre pour ses plages et ses hôtels de luxe, elle attire une clientèle différente.
Si elle devient célèbre pour sa vie nocturne, elle attire davantage de jeunes voyageurs.
Et si elle devient célèbre pour son cannabis, il est logique qu’elle attire aussi des personnes particulièrement intéressées par cette activité.
Le problème n’est donc pas la « qualité morale » des visiteurs. C’est la qualité du positionnement touristique.
La Thaïlande veut-elle devenir une destination cannabis ?
La réponse officielle est clairement non.
La Thaïlande souhaite aujourd’hui promouvoir le tourisme médical, le bien-être, la gastronomie, la culture, la nature et les expériences haut de gamme.
Le cannabis récréatif n’entre pas naturellement dans cette stratégie.
C’est même une contradiction.
D’un côté, le royaume cherche à augmenter la valeur de son tourisme.
De l’autre, il a laissé pendant plusieurs années une partie de son image internationale être associée à une activité de consommation récréative.
Le problème est particulièrement visible dans certaines destinations touristiques.
À Bangkok, Phuket, Pattaya, Koh Samui ou Koh Phangan, le visiteur pouvait facilement rencontrer des commerces consacrés au cannabis.
Pour une destination qui souhaite renforcer son image de qualité, de bien-être et d’art de vivre, cette évolution était loin d’être anodine.
Une question de réputation internationale
La réputation touristique d’un pays est extrêmement difficile à construire et relativement facile à détériorer.
La Thaïlande possède une marque touristique exceptionnelle.
« Thailand » évoque immédiatement les plages, les temples, la cuisine, le sourire, l’hospitalité, les massages, les îles et la culture.
Le cannabis ne représentait pas un élément historique de cette identité.
Il s’est ajouté brutalement.
Et cette nouvelle association a été largement relayée par les médias internationaux.
En 2025, plusieurs médias étrangers décrivaient déjà la réaction de la société thaïlandaise face aux conséquences de cette libéralisation et les inquiétudes concernant l’accès des jeunes.
Le problème est donc devenu suffisamment important pour que le gouvernement décide de reprendre le contrôle.
Le troisième problème : les conséquences pour les autres pays
C’est un aspect beaucoup moins souvent évoqué.
Une politique nationale en matière de stupéfiants ne reste pas nécessairement nationale lorsque le pays concerné est une grande destination touristique internationale.
Chaque année, des millions d’étrangers arrivent en Thaïlande puis repartent vers leur pays.
Et les lois changent lorsqu’un voyageur franchit une frontière.
C’est précisément là que la situation devient dangereuse.
Ce qui peut sembler toléré ou légalement accessible en Thaïlande peut devenir totalement illégal dès l’arrivée en France, au Royaume-Uni, en Australie, à Singapour ou dans un autre pays.
Le touriste peut alors commettre une infraction grave sans avoir véritablement compris qu’il franchissait une frontière juridique majeure.
Quand le souvenir de vacances devient une affaire pénale
L’un des effets pervers les plus préoccupants de l’expérience thaïlandaise est donc l’apparition d’un comportement particulièrement risqué :
acheter du cannabis en Thaïlande puis tenter de le ramener dans son pays.
Et ce phénomène n’est pas théorique.
Des ressortissants étrangers ont été arrêtés en Thaïlande dans des affaires de transport ou de trafic de cannabis.
En juillet 2026, quatre touristes français et suisses ont notamment été présentés comme ayant été arrêtés à l’aéroport de Phuket dans une affaire portant sur plusieurs dizaines de kilos de cannabis. Les sources disponibles indiquent qu’il s’agissait de deux ressortissants français et de deux ressortissants suisses.
Cette affaire doit être rapportée avec prudence : les faits reprochés et leur qualification pénale doivent être distingués d’une condamnation définitive.
Mais le phénomène est suffisamment sérieux pour illustrer le problème.
Et il est particulièrement inquiétant lorsqu’il concerne de jeunes voyageurs.
Des jeunes Français peuvent-ils réellement croire que c’est légal ?
Oui.
Et c’est précisément ce qui rend le problème particulièrement pervers.
Un jeune Français arrive en Thaïlande.
Il voit des boutiques de cannabis partout.
Il comprend que le pays a libéralisé le cannabis.
Il achète légalement — ou croit acheter légalement — un produit.
Puis il décide de rentrer en France avec quelques grammes.
Dans son esprit, il ne s’agit peut-être pas de trafic.
Il peut penser qu’il rapporte simplement un produit acheté légalement pendant ses vacances.
Mais la frontière ne fonctionne pas comme un prolongement de la boutique thaïlandaise.
Le fait qu’un produit ait pu être acheté légalement dans un pays ne signifie absolument pas qu’il peut être exporté vers un autre.
Et lorsque les quantités deviennent importantes, l’affaire peut évidemment prendre une tout autre dimension.
Le cas des « mules » est encore plus inquiétant
Il existe également un deuxième niveau de danger.
Des voyageurs peuvent être utilisés comme transporteurs sans toujours mesurer les conséquences.
Le phénomène des « mules » n’est pas nouveau.
Mais une économie touristique du cannabis peut créer un environnement favorable à de nouvelles formes de recrutement.
Un jeune voyageur peut être convaincu de transporter une valise.
Un autre peut recevoir de l’argent pour ramener un produit.
Un autre peut croire qu’il ne s’agit que de cannabis.
Et le jour où la valise est ouverte par les douaniers, le voyage touristique change brutalement de nature.
Les autorités britanniques ont par exemple annoncé en juillet 2026 l’arrestation d’un homme accusé d’avoir importé du cannabis depuis la Thaïlande : son bagage contenait 30 kg de cannabis à son arrivée à Heathrow.
Ce type d’affaire montre que la question dépasse largement les frontières thaïlandaises.
La Thaïlande a créé un problème d’exportation qu’elle ne maîtrisait pas
Il faut ici distinguer deux choses.
La Thaïlande n’est évidemment pas responsable des choix individuels de chaque voyageur.
Mais une politique de libéralisation doit prendre en compte les comportements prévisibles qu’elle peut générer.
Lorsqu’un produit devient facilement accessible dans une destination touristique internationale, il existe nécessairement un risque que certains visiteurs tentent de le transporter ailleurs.
Et le cannabis thaïlandais peut alors devenir un produit de contrebande.
C’est l’un des effets pervers possibles de la libéralisation.
Le marché ne s’arrête pas à l’aéroport.
Il continue dans les bagages.
Il continue dans les avions.
Il continue dans les pays de destination.
Et il se heurte alors à des législations complètement différentes.
Le paradoxe est particulièrement fort pour les Français
La France possède une législation très différente de celle qui prévalait en Thaïlande durant la période de libéralisation.
Un Français peut donc être exposé à une incompréhension juridique particulièrement forte.
Le raisonnement :
« C’était vendu légalement en Thaïlande, donc je peux le ramener en France »
est juridiquement dangereux.
La nationalité du voyageur ne change rien.
Son intention personnelle ne suffit pas non plus à effacer l’infraction.
Et le fait d’avoir payé dans une boutique officiellement ouverte ne transforme pas automatiquement le transport international en opération légale.
La frontière remet les compteurs juridiques à zéro.
Un problème pour l’image de la Thaïlande en France
Ce phénomène possède également une dimension diplomatique et médiatique.
Si des jeunes Français sont régulièrement arrêtés dans des aéroports pour avoir tenté d’exporter du cannabis acheté en Thaïlande, une partie de l’opinion française peut finir par associer les voyages en Thaïlande à ce type de risque.
Ce serait évidemment dommage.
La Thaïlande possède des arguments touristiques infiniment plus puissants.
Pourquoi risquer de transformer l’image d’un voyage en Thaïlande en :
plages + fêtes + cannabis + problèmes judiciaires ?
Alors que le pays peut promouvoir :
culture + nature + gastronomie + bien-être + patrimoine + hospitalité + qualité de vie.
Le choix du récit touristique est fondamental.
Le cannabis peut-il attirer une mauvaise clientèle ?
Il faut encore une fois nuancer le terme « mauvaise clientèle ».
Le problème n’est pas de classer les individus.
Il est de comprendre les comportements.
Une destination qui attire des visiteurs dont la motivation principale est la consommation de cannabis peut rencontrer davantage de problèmes liés à :
- la consommation dans l’espace public ;
- les nuisances ;
- la conduite sous influence ;
- les comportements à risque ;
- les conflits ;
- la consommation excessive ;
- les problèmes de santé ;
- l’achat et le transport illégaux ;
- le recrutement de transporteurs ;
- les difficultés avec les autorités.
Cela ne signifie pas que tous les consommateurs adoptent ces comportements.
Mais une politique touristique responsable doit prendre en compte les risques statistiques et comportementaux, et non uniquement les cas individuels.
Et les familles ?
C’est un autre aspect essentiel.
La Thaïlande veut attirer davantage de familles internationales.
Mais une famille avec enfants n’a pas nécessairement envie de voir une multiplication de commerces liés au cannabis dans les quartiers où elle séjourne.
Le problème n’est pas seulement l’odeur ou la présence des boutiques.
C’est aussi le message général envoyé par l’environnement.
Une destination familiale doit pouvoir garantir une certaine cohérence entre son image, ses infrastructures et les comportements qu’elle souhaite encourager.
C’est pourquoi la protection des mineurs est devenue un argument central du durcissement thaïlandais.
La vraie erreur : avoir confondu économie et politique touristique
C’est probablement ici que se trouve la conclusion la plus importante.
La Thaïlande n’a pas nécessairement fait une erreur en voulant développer une économie du cannabis médical.
Elle a peut-être fait une erreur en permettant à cette économie de devenir, pendant plusieurs années, une économie touristique du cannabis.
Ces deux modèles ne sont pas identiques.
Le modèle médical
Il repose sur :
- les médecins ;
- les prescriptions ;
- les pharmacies et établissements autorisés ;
- la recherche ;
- la traçabilité ;
- la qualité ;
- la réglementation ;
- la protection des patients.
Le modèle touristique récréatif
Il repose davantage sur :
- la visibilité ;
- l’accessibilité ;
- la consommation ;
- le commerce ;
- les quartiers touristiques ;
- la demande étrangère ;
- le marketing.
Le premier peut parfaitement s’intégrer à une stratégie de tourisme médical.
Le second peut progressivement modifier l’identité touristique d’un pays.
La Thaïlande peut-elle réparer son erreur ?
Oui.
Et elle a déjà commencé.
Le retour vers un modèle médical permet de reconstruire une frontière claire.
Le message doit être simple :
la Thaïlande n’est pas une destination de cannabis récréatif.
Elle est une destination de voyage.
Le cannabis médical peut exister dans un cadre strict.
Les chercheurs peuvent travailler sur ses applications.
Les agriculteurs peuvent bénéficier d’une filière réglementée.
Les patients peuvent accéder aux traitements autorisés.
Mais le tourisme ne doit pas devenir le moteur de cette économie.
Une réglementation claire est meilleure qu’une zone grise
L’un des problèmes majeurs de la période 2022-2025 est l’incertitude.
Les professionnels ne savaient pas toujours où se situait la frontière.
Les touristes non plus.
Les autorités ont parfois donné des messages contradictoires.
Et lorsque les règles sont difficiles à comprendre, les mauvaises interprétations se multiplient.
Le durcissement engagé depuis 2025 cherche précisément à mettre fin à cette ambiguïté.
La réglementation thaïlandaise actuelle considère la fleur de cannabis comme une substance contrôlée et encadre son accès médical par prescription.
Cette clarification est indispensable.
Une leçon pour tous les pays
L’expérience thaïlandaise devrait être étudiée par les pays qui réfléchissent à une légalisation ou à une dépénalisation du cannabis.
La première leçon est simple :
ne jamais libéraliser un marché plus vite que sa capacité de régulation.
La deuxième est encore plus importante :
dans une économie touristique, une politique nationale peut avoir des conséquences internationales.
Un produit vendu à Bangkok peut se retrouver dans une valise à Paris.
Une campagne touristique peut modifier le profil des visiteurs.
Une boutique ouverte à Phuket peut contribuer indirectement à un trafic international.
Une politique destinée à aider les agriculteurs peut avoir des conséquences sur la jeunesse.
Et une réforme présentée comme médicale peut devenir, dans l’opinion publique, une légalisation récréative.
La Thaïlande doit désormais protéger sa jeunesse
La priorité devrait être claire.
Il faut empêcher que les adolescents soient exposés à une banalisation excessive du cannabis.
Cela suppose :
- une réglementation stricte ;
- des contrôles réels ;
- des sanctions contre les ventes aux mineurs ;
- une meilleure information dans les écoles ;
- une prévention fondée sur les données scientifiques ;
- une limitation de la publicité ;
- une surveillance des produits à forte concentration ;
- une meilleure formation des professionnels.
La recherche récente sur les adolescents thaïlandais montre suffisamment de signaux pour que cette politique soit prise au sérieux.
Et la Thaïlande doit protéger ses visiteurs étrangers
Le pays doit également mieux informer les touristes.
Le message devrait être visible dès l’aéroport, dans les hôtels, les agences de voyages et les commerces :
« Ce qui est autorisé ou réglementé en Thaïlande ne peut pas nécessairement être transporté dans votre pays. »
Cette information pourrait éviter des drames.
Un jeune Français qui repart avec quelques grammes n’a peut-être pas conscience qu’il risque une procédure pénale.
Un voyageur qui accepte une valise d’un inconnu ne comprend peut-être pas qu’il peut devenir transporteur de stupéfiants.
La prévention est donc aussi une question de responsabilité touristique.
Conclusion : la Thaïlande a peut-être ouvert une porte qu’elle aurait dû garder entrouverte
La légalisation du cannabis en Thaïlande restera probablement comme l’une des expériences économiques et sociales les plus audacieuses de l’Asie contemporaine.
Elle a permis l’émergence d’une véritable industrie.
Elle a créé des emplois.
Elle a ouvert de nouvelles possibilités agricoles et médicales.
Mais elle a aussi révélé les limites d’une libéralisation menée trop rapidement.
La jeunesse a été exposée à une nouvelle banalisation du cannabis.
Le tourisme thaïlandais a vu son image partiellement associée à une économie de consommation récréative.
Des voyageurs étrangers ont pu croire, à tort, que ce qu’ils achetaient en Thaïlande pouvait être ramené chez eux.
Et les autorités ont dû finalement revenir à un cadre beaucoup plus strict.
L’affaire des jeunes Français et Suisses interpellés dans un aéroport thaïlandais en 2026 illustre brutalement cette dernière dimension.
La question n’est donc pas de condamner le cannabis médical.
La question est de savoir si un pays touristique peut se permettre de laisser une industrie récréative se développer rapidement dans ses zones les plus fréquentées avant de tenter ensuite d’en reprendre le contrôle.
L’expérience thaïlandaise suggère une réponse assez claire :
non.
La Thaïlande n’avait pas besoin du cannabis pour devenir une grande puissance touristique.
Elle possède déjà tout ce que le monde lui envie : ses îles, ses plages, ses temples, sa cuisine, sa culture, son hospitalité, son industrie hôtelière et son art de vivre.
Son avenir touristique ne devrait donc probablement pas être celui d’un pays connu pour ce que ses visiteurs peuvent consommer.
Il devrait être celui d’un pays connu pour ce qu’ils viennent découvrir.
FAQ – Cannabis, Thaïlande et touristes étrangers
Le cannabis est-il encore légal en Thaïlande en 2026 ?
Le cadre est aujourd’hui beaucoup plus strict qu’après la réforme de 2022. La fleur de cannabis est réglementée et son usage est essentiellement médical, avec prescription dans le cadre prévu par la réglementation thaïlandaise.
Un touriste peut-il ramener du cannabis de Thaïlande en France ?
Il ne faut surtout pas considérer qu’un achat effectué en Thaïlande autorise son transport vers la France. Les règles françaises et celles des pays de transit s’appliquent lors du franchissement des frontières. Le transport international de stupéfiants peut entraîner de graves conséquences pénales.
Des Français ont-ils été arrêtés pour avoir transporté du cannabis depuis la Thaïlande ?
Des ressortissants français ont effectivement été impliqués dans des affaires récentes de transport de cannabis depuis la Thaïlande. En juillet 2026, deux Français et deux Suisses ont notamment été signalés comme arrêtés à l’aéroport de Phuket dans une affaire portant sur plus de 30 kg de cannabis.
Pourquoi la Thaïlande a-t-elle changé sa politique ?
Les autorités ont invoqué notamment la protection de la santé publique, des jeunes et la nécessité de mettre fin à l’usage récréatif non contrôlé. La réforme initiale avait également provoqué une forte expansion du nombre de commerces et des inquiétudes concernant les conséquences sociales.
La légalisation a-t-elle augmenté la consommation chez les jeunes Thaïlandais ?
Des études ont observé une augmentation de certains indicateurs liés au cannabis et aux hospitalisations après la réforme de 2022. Il faut cependant éviter d’affirmer que toutes ces évolutions sont exclusivement causées par la légalisation. Les données constituent néanmoins un signal suffisamment important pour justifier des politiques de prévention renforcées.
La Thaïlande a-t-elle fait une erreur économique ?
Elle a certainement créé une activité économique importante, mais le changement brutal de réglementation montre les risques d’une industrie développée avant que le cadre réglementaire soit stabilisé. L’enjeu consiste désormais à transformer cette expérience en une filière médicale et scientifique durable plutôt qu’en une économie touristique du cannabis.
Le cannabis risque-t-il de dégrader l’image touristique de la Thaïlande ?
Il peut influencer son positionnement, particulièrement si le pays est associé à la consommation récréative plutôt qu’à ses atouts traditionnels : culture, plages, nature, gastronomie, bien-être et hospitalité. Le problème est donc davantage celui de l’image et du positionnement que celui d’un jugement sur les consommateurs eux-mêmes.
Quel message la Thaïlande devrait-elle désormais envoyer aux touristes ?
Un message extrêmement simple : la Thaïlande n’est pas une destination de cannabis récréatif. Les voyageurs doivent respecter strictement la réglementation thaïlandaise et, surtout, ne jamais supposer qu’un produit légalement acheté en Thaïlande peut être transporté dans leur pays de résidence


