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EFFETS PERVERS DE L’HYPER-TOURISME EN THAÏLANDE : QUAND CERTAINS TOURISTES MANGENT ET PARTENT SANS PAYER

Le phénomène inquiétant du « resto-basket » dans les destinations de tourisme intense ( essentiellement Phuket, Pattaya)

La Thaïlande continue de battre des records de fréquentation touristique. Phuket, Koh Samui, Pattaya, Krabi ou encore Bangkok accueillent chaque année des millions de visiteurs venus profiter des plages paradisiaques, de la gastronomie réputée et de l’hospitalité légendaire du Royaume.

Mais derrière les chiffres impressionnants du tourisme international se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Parmi les effets pervers de l’hyper-tourisme, un phénomène inquiète de plus en plus les petits commerçants : des touristes étrangers consomment dans des restaurants, terminent leur repas, puis refusent tout simplement de payer l’addition.

En France, ce comportement se nomme : le « resto-basket », ou « dine and dash » en Anglais, mais en Thaïlande, cette pratique n’a pas de nom : elle vient de l’occident, d’une dégénération de l’occident

Longtemps considéré comme marginal, ce phénomène semble gagner en ampleur dans plusieurs destinations touristiques du pays, au point de devenir une véritable préoccupation pour de nombreux restaurateurs.

Une affaire devenue emblématique à Phuket

Le 26 avril 2024, dans le quartier de Mai Khao à Phuket, un incident a particulièrement marqué les esprits.

Un couple de touristes russes consomme un repas dans un petit restaurant familial. Au moment de régler l’addition, les clients quittent l’établissement en laissant un manque de 120 bahts, soit environ trois euros.

La somme peut sembler dérisoire.

Pourtant, lorsque la propriétaire les interpelle à l’extérieur du restaurant, la situation prend une tournure inattendue.

Selon plusieurs témoignages relayés sur les réseaux sociaux thaïlandais, les touristes ne cherchent ni à s’excuser ni à régulariser la situation. Ils auraient même encouragé la restauratrice à appeler la police, affirmant que les autorités thaïlandaises ne pourraient rien faire contre eux.

La police intervient effectivement sur place.

Les agents tentent une médiation, sans succès.

Pendant ce temps, plusieurs clients présents dans le restaurant préfèrent quitter les lieux, mal à l’aise face à la scène. La restauratrice décide finalement de fermer son établissement plus tôt que prévu.

Au final, ce ne sont pas seulement 120 bahts qui sont perdus, mais une soirée entière de chiffre d’affaires.

Pour une petite entreprise familiale, l’impact est loin d’être anodin.

Un phénomène plus fréquent qu’on ne l’imagine

Ce cas n’est pas isolé.

À Phuket & Pattaya , de nombreux restaurateurs affirment être confrontés régulièrement à des clients qui cherchent délibérément à éviter le paiement.

Les méthodes varient.

Certains prétendent que le plat n’était pas bon.

D’autres affirment que la commande ne correspondait pas à leurs attentes.

Certains contestent soudainement les prix après avoir terminé leur repas.

D’autres encore quittent discrètement les lieux lorsque le personnel est occupé.

Dans la grande majorité des cas, le scénario est identique :

  • le client commande ;
  • il mange la totalité de son repas ;
  • il consomme parfois boissons et desserts ;
  • puis il invoque un prétexte pour ne pas régler l’addition.

Pour les restaurateurs interrogés par la presse locale, il ne s’agit plus de simples incidents isolés mais d’un véritable comportement opportuniste.

Quand l’hospitalité thaïlandaise devient une faiblesse

La Thaïlande s’est bâtie une réputation mondiale sur son sens de l’accueil.

Le fameux « Land of Smiles » attire justement des visiteurs séduits par la gentillesse et la bienveillance de la population locale.

Mais certains individus semblent avoir appris à exploiter cette culture de l’hospitalité.

Les petits restaurants familiaux, particulièrement nombreux dans les zones touristiques, hésitent souvent à entrer en conflit avec leurs clients.

Par peur des mauvaises critiques sur internet.

Par peur de faire fuir d’autres clients.

Par peur également de voir leur réputation ternie.

Cette retenue est parfois interprétée comme un signe de faiblesse par des visiteurs peu scrupuleux.

Le résultat est paradoxal : les qualités qui font le succès touristique de la Thaïlande deviennent parfois les outils utilisés par certains pour contourner les règles les plus élémentaires du vivre-ensemble.

Le vide juridique qui favorise les abus

L’un des principaux problèmes réside dans le cadre légal thaïlandais.

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, un refus de paiement dans un restaurant n’est généralement pas traité comme une infraction pénale immédiate.

Dans la plupart des cas, il s’agit d’un litige civil entre deux parties.

Concrètement, lorsque le restaurateur appelle la police, les agents peuvent intervenir pour tenter une médiation.

Mais leur pouvoir d’action reste limité.

Si le client refuse de coopérer, le restaurateur doit souvent envisager une procédure civile.

Or cette démarche implique :

  • des frais d’avocat ;
  • des démarches administratives ;
  • plusieurs déplacements ;
  • un investissement en temps considérable.

Pour récupérer une addition de 200, 500 ou même 1 000 bahts, la procédure n’est tout simplement pas rentable.

Certains touristes semblent parfaitement conscients de cette réalité.

Ils savent que la plupart des petits établissements ne poursuivront jamais l’affaire devant les tribunaux.

C’est précisément cette faille qui alimente le phénomène.

L’hyper-tourisme change le profil des visiteurs

Depuis la pandémie, la Thaïlande a adopté une politique très favorable à la relance touristique.

Exemptions de visa.

Allongement des séjours autorisés.

Facilités administratives.

Campagnes internationales de promotion.

Ces mesures ont permis un retour spectaculaire des visiteurs étrangers.

Phuket a accueilli plus de 14 millions de visiteurs en 2025.

Koh Samui a également enregistré des records de fréquentation.

Bangkok demeure l’une des villes les plus visitées au monde.

Mais cette croissance quantitative pose une question de fond :

La Thaïlande attire-t-elle davantage de touristes ou attire-t-elle les bons touristes ?

Cette interrogation devient de plus en plus fréquente dans les milieux économiques locaux.

Car l’augmentation du nombre de visiteurs s’accompagne également d’une hausse des comportements problématiques.

Des incidents qui dépassent les restaurants

Le « resto-basket » n’est qu’un symptôme parmi d’autres.

Dans plusieurs provinces touristiques, les autorités signalent également une hausse :

  • des accidents de scooters impliquant des étrangers ;
  • des infractions liées aux visas ;
  • des troubles à l’ordre public ;
  • des dégradations de biens ;
  • des conflits avec les commerçants ;
  • des comportements agressifs sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants.

La grande majorité des touristes respecte évidemment les lois thaïlandaises.

Mais il suffit d’une minorité très visible pour dégrader l’image globale d’une destination.

Et ce sont souvent les petits entrepreneurs locaux qui en subissent directement les conséquences.

Le coût réel pour les petits restaurateurs

Vu de l’extérieur, une addition impayée de quelques centaines de bahts peut sembler insignifiante.

La réalité économique est tout autre.

Les restaurants situés dans les zones touristiques font face à des charges importantes :

  • loyers élevés ;
  • augmentation du coût des matières premières ;
  • salaires ;
  • électricité ;
  • frais de fonctionnement.

Les marges sont souvent faibles.

Lorsqu’un client quitte l’établissement sans payer, le restaurateur perd :

  • le coût des ingrédients ;
  • le temps de travail du personnel ;
  • le bénéfice attendu ;
  • parfois même d’autres clients témoins de l’incident.

Pour certains petits établissements, quelques cas par mois suffisent à fragiliser sérieusement la rentabilité.

Le rôle des réseaux sociaux

Autrefois, la plupart des victimes gardaient le silence.

Aujourd’hui, les choses changent.

Les réseaux sociaux thaïlandais jouent désormais un rôle central dans la médiatisation de ces comportements.

Photos.

Vidéos de surveillance.

Témoignages.

Les incidents sont rapidement relayés sur Facebook, TikTok ou Line.

Cette visibilité permet aux restaurateurs de dénoncer publiquement certaines pratiques.

Elle contribue également à sensibiliser les autorités et l’opinion publique.

Toutefois, cette exposition médiatique présente aussi des risques.

Les restaurateurs craignent parfois les représailles sous forme de commentaires négatifs ou de campagnes de dénigrement en ligne.

Un problème d’image pour le tourisme thaïlandais

Au-delà des pertes financières, c’est l’image même du tourisme qui est en jeu.

La Thaïlande investit massivement pour promouvoir un tourisme de qualité.

Un tourisme respectueux des populations locales.

Un tourisme durable.

Un tourisme créateur de valeur.

Les comportements de fraude dans les restaurants vont à l’encontre de cette stratégie.

Ils alimentent le sentiment que certains visiteurs considèrent le pays comme un espace où les règles seraient plus souples qu’ailleurs.

Pour de nombreux Thaïlandais, cette perception est particulièrement difficile à accepter.

La question du tourisme de qualité

Depuis plusieurs années, le débat sur le « tourisme de qualité » revient régulièrement dans les discussions politiques et économiques.

L’objectif est de favoriser un tourisme plus responsable.

Un touriste qui respecte les lois.

Qui respecte les commerçants.

Qui respecte la culture locale.

Qui contribue positivement à l’économie.

La valeur d’un visiteur ne se mesure pas uniquement à son pouvoir d’achat.

Elle se mesure également à son comportement.

Quelles solutions pour protéger les restaurateurs ?

Plusieurs pistes sont aujourd’hui évoquées.

Parmi elles :

  • la création de procédures simplifiées pour les petits litiges ;
  • le renforcement des sanctions administratives ;
  • le développement du paiement anticipé dans certains établissements ;
  • une meilleure coopération entre police touristique et commerçants ;
  • des campagnes de sensibilisation destinées aux visiteurs étrangers.

Certaines voix réclament également une révision des conditions d’entrée pour les voyageurs présentant des comportements répétés ou problématiques.

Aucune solution miracle n’existe.

Mais de nombreux professionnels estiment qu’une réponse institutionnelle devient nécessaire.

Conclusion : un signal d’alerte pour la Thaïlande

Cent vingt bahts.

Trois euros.

Le prix d’un simple plat de pad kra pao.

À première vue, l’affaire paraît insignifiante.

Pourtant, elle illustre parfaitement l’un des défis du tourisme moderne.

Lorsque le nombre de visiteurs augmente plus vite que les mécanismes de contrôle, certaines dérives apparaissent inévitablement.

Le phénomène du « resto-basket » n’est pas seulement une histoire d’addition impayée.

Il révèle les tensions croissantes entre développement touristique, protection des petits entrepreneurs et maintien du respect des règles élémentaires de la vie en société.

La Thaïlande reste l’une des destinations les plus accueillantes au monde.

Mais pour préserver cette réputation, elle devra trouver le juste équilibre entre ouverture au tourisme international et protection de ceux qui, chaque jour, font vivre son économie locale.

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