La Thaïlande est-elle en train de se raidir ?
Le pouvoir augmente la pression sur les touristes et les étrangers
Expulsions facilitées, exemption de visa réduite à 30 jours, contrôles renforcés contre les sociétés utilisant des prête-noms thaïlandais : depuis plusieurs semaines, les signaux se multiplient. La Thaïlande semble vouloir reprendre davantage le contrôle de sa politique à l’égard des étrangers. Mais faut-il pour autant parler de fermeture ou de rejet ? La question mérite d’être posée.
Depuis quelques semaines, plusieurs décisions prises par les autorités thaïlandaises donnent le sentiment d’un changement de ton. Les procédures d’expulsion des étrangers sont désormais facilitées, la durée de l’exemption de visa va être réduite pour de nombreux voyageurs, tandis que les autorités renforcent leur surveillance des activités économiques contrôlées indirectement par des étrangers.
À cela s’ajoutent les déclarations de responsables politiques et une multiplication des opérations de police visant des étrangers soupçonnés de travailler illégalement, de contourner les règles applicables aux entreprises ou de se livrer à des activités susceptibles de troubler l’ordre public.
Le constat est donc difficile à nier : la Thaïlande renforce ses contrôles.
Mais cela signifie-t-il pour autant qu’elle devient moins accueillante envers les étrangers ? Pas nécessairement.
Ce qui semble changer aujourd’hui est moins la volonté d’accueillir les étrangers que le niveau de tolérance accordé à ceux qui ne respectent pas les règles du royaume.
Cela étant, pas un mot sur la légalisation du cannabis qui a amené des touristes peu recommandables : En effet, depuis cette législation “libérale”, il semble que la Thaïlande occupe de plus en plus souvent les pages de faits divers des grands titres de presse internationaux : En effet, c’est sous la gouvernance Anutin que cette libéralisation est née
Des expulsions plus rapides pour les étrangers en infraction
La mesure la plus récente concerne les procédures d’expulsion. Depuis le 28 août 2026, un nouveau règlement du Bureau du Premier ministre encadre plus précisément les procédures permettant aux autorités thaïlandaises de procéder à l’expulsion de certains étrangers. Il ne s’agit pas d’une nouvelle loi générale sur l’immigration, comme cela a parfois été présenté, mais d’un dispositif administratif destiné notamment à rendre les procédures plus rapides et plus coordonnées entre les différentes administrations. Sont notamment concernés les étrangers en situation irrégulière, ceux qui travaillent sans autorisation, exercent illégalement certaines activités économiques, utilisent de faux documents ou sont impliqués dans des infractions graves. Le dispositif peut également permettre aux autorités d’examiner la situation d’un étranger dont le comportement est considéré comme incompatible avec l’ordre public, les bonnes mœurs ou l’intérêt général. Dans ce cas, le dossier peut être transmis au ministre de l’Intérieur, qui dispose du pouvoir de décider d’une éventuelle expulsion.
Une précision importante
Il serait toutefois excessif d’en conclure qu’une simple infraction entraîne désormais automatiquement une expulsion. Une amende ou une infraction mineure ne signifie pas, à elle seule, que l’étranger sera immédiatement expulsé de Thaïlande. La nouveauté réside plutôt dans la possibilité pour les autorités de mieux coordonner et accélérer l’examen des dossiers considérés comme problématiques. Le gouvernement thaïlandais affirme d’ailleurs que les étrangers vivant, travaillant ou investissant légalement dans le pays ne sont pas la cible de cette politique. Le message est relativement clair : respecter les règles reste la meilleure garantie pour séjourner durablement en Thaïlande.
L’exemption de visa ramenée à 30 jours (pour les ressortissants Schengen)
Pour les touristes français, le changement le plus concret concerne la durée du séjour sans visa. À partir du 15 septembre 2026, les ressortissants français pourront séjourner en Thaïlande sans visa pendant 30 jours, contre 60 jours auparavant. La France fait partie des pays concernés par cette modification du régime d’exemption de visa. Cette décision marque un véritable changement par rapport à la politique mise en place en 2024, lorsque la Thaïlande avait choisi d’allonger considérablement la durée de séjour autorisée sans visa pour stimuler les arrivées internationales. Par ailleurs, c’est la fin de l’exemption de visa pour les ressortissants Marocains.
Pourquoi revenir en arrière ?
Les autorités thaïlandaises évoquent plusieurs raisons : sécurité, lutte contre les détournements du régime d’exemption de visa, contrôle de l’immigration et volonté de trouver un nouvel équilibre entre attractivité touristique et maîtrise des flux migratoires.
Pour les touristes effectuant un séjour classique de deux ou trois semaines, la mesure ne change finalement pas grand-chose.
Elle concerne davantage les voyageurs qui avaient pris l’habitude de rester plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en Thaïlande en utilisant successivement les possibilités offertes par le régime touristique.
Le message adressé par Bangkok est donc moins “venez moins” que “utilisez le bon statut pour la durée et la nature de votre séjour”.
Les sociétés utilisant des prête-noms dans le viseur
Autre terrain de durcissement : celui de l’économie.
Depuis plusieurs mois, les autorités thaïlandaises intensifient leur lutte contre les montages utilisant des actionnaires thaïlandais comme prête-noms, les fameux nominees.
Le mécanisme est connu. Dans certains secteurs, la législation thaïlandaise impose des restrictions à la participation étrangère ou à la propriété foncière. Certains investisseurs étrangers ont donc recours à des partenaires thaïlandais de façade afin de donner à leur entreprise une apparence de conformité.
C’est précisément ce type de montage que les autorités veulent désormais combattre. Depuis le 1er août, les contrôles ne se limitent plus à la situation d’une entreprise au moment de sa création. Les autorités peuvent également examiner les changements ultérieurs dans l’actionnariat, la direction ou la structure de contrôle d’une société. L’objectif est d’éviter qu’une entreprise parfaitement conforme sur le papier lors de son immatriculation ne devienne ensuite un moyen de dissimuler le véritable propriétaire ou contrôleur étranger. Des opérations associant notamment le ministère de l’Intérieur, le Department of Special Investigation (DSI) et la police ont ainsi été menées dans plusieurs régions touristiques, notamment à Pattaya.
Posséder une entreprise en Thaïlande n’est pas illégal
Cette distinction est essentielle.
La présence d’actionnaires étrangers dans une société thaïlandaise n’est pas en soi illégale.
De même, la création d’une entreprise par un étranger ou l’acquisition d’un bien immobilier dans le respect de la législation thaïlandaise ne constitue pas une infraction. Ce que les autorités cherchent à sanctionner, ce sont les montages artificiels destinés à contourner les restrictions prévues par la loi. Autrement dit, ce n’est pas l’investisseur étranger qui est directement visé : c’est le contournement des règles.
Une nouvelle relation entre la Thaïlande et les étrangers ?
C’est probablement ici que se situe le véritable changement. Pris séparément, les différents dispositifs répondent à des problématiques très différentes. L’un concerne l’immigration. L’autre concerne le tourisme. Un troisième touche à la réglementation économique.
Mais lorsqu’on les observe ensemble, ils dessinent une tendance commune : Bangkok veut reprendre davantage le contrôle de la présence étrangère sur son territoire. Cette évolution intervient après plusieurs années durant lesquelles la priorité avait été donnée à la relance du tourisme international.
Après la crise sanitaire, la Thaïlande avait multiplié les mesures destinées à faciliter le retour des visiteurs étrangers : exemptions de visa, procédures simplifiées, campagnes internationales, développement de nouvelles destinations et encouragement des séjours plus longs. Le contexte a désormais changé , le tourisme international est revenu, les arrivées étrangères ont repris, et les autorités peuvent donc se permettre de déplacer progressivement le curseur : moins de facilité automatique, davantage de contrôle.
Le poids des comportements étrangers dans le débat thaïlandais
Il existe également un autre élément qu’il ne faut pas négliger : l’évolution de l’opinion publique. Depuis plusieurs années, les médias et les réseaux sociaux thaïlandais relaient régulièrement des affaires impliquant des étrangers : Travail sans permis, activités commerciales clandestines, conflits avec des habitants, comportements jugés irrespectueux, infractions liées aux stupéfiants, violences, abus du système migratoire ou encore utilisation de prête-noms sont devenus des sujets particulièrement sensibles. Chaque affaire fortement médiatisée contribue à alimenter un débat plus large :
jusqu’où la Thaïlande doit-elle accepter certains comportements au nom de l’attractivité touristique et économique ?
Cette question n’est d’ailleurs pas propre à la Thaïlande. De nombreuses destinations touristiques dans le monde sont aujourd’hui confrontées au même dilemme : comment continuer à attirer les visiteurs internationaux tout en évitant que certaines formes de tourisme ou certains comportements ne dégradent la qualité de vie locale ? La Thaïlande semble désormais apporter sa propre réponse. Elle consiste à maintenir l’ouverture internationale tout en renforçant les règles.
La Thaïlande n’est pas en train de fermer ses frontières
Il serait donc trompeur de parler d’une politique générale hostile aux étrangers. La Thaïlande continue de dépendre largement du tourisme international. Elle cherche également à attirer les investisseurs étrangers, les entreprises internationales, les retraités disposant de ressources importantes, les professionnels qualifiés et les visiteurs susceptibles de contribuer davantage à l’économie locale. Le royaume n’a donc aucun intérêt à se couper du monde.
La stratégie semble plutôt consister à sélectionner davantage les formes de présence étrangère considérées comme bénéfiques pour le pays. Cette logique rejoint d’ailleurs l’évolution générale de la politique touristique thaïlandaise : attirer moins uniquement par le volume et davantage par la qualité des visiteurs, leur pouvoir d’achat, la durée de leur séjour et leur contribution à l’économie locale.
Vers une Thaïlande plus exigeante ?
Pour un touriste français qui vient passer deux ou trois semaines à Bangkok, Phuket, Chiang Mai ou Koh Samui, la Thaïlande reste fondamentalement la même destination. Les plages sont toujours là , Les hôtels accueillent toujours les visiteurs internationaux,les compagnies aériennes continuent d’ouvrir des liaisons, les professionnels du tourisme continuent de chercher de nouveaux marchés, et les autorités thaïlandaises continuent de promouvoir le royaume comme une destination internationale. Mais le cadre dans lequel s’inscrit cette hospitalité est en train d’évoluer.
La Thaïlande semble vouloir être accueillante, mais pas permissive.
Cette nuance est importante : Le pays ne semble pas chercher à réduire la présence des étrangers en tant que telle. Il cherche plutôt à réduire les abus liés à cette présence.
Cela concerne notamment :
- les séjours prolongés sous un statut touristique inadapté ;
- le travail sans permis ;
- les activités commerciales exercées illégalement ;
- les sociétés utilisant des prête-noms ;
- l’utilisation de faux documents ;
- certaines activités criminelles ;
- les comportements susceptibles de troubler l’ordre public.
Pour l’immense majorité des visiteurs étrangers, ces changements ne devraient donc pas bouleverser l’expérience touristique.
Moins de tolérance, plutôt que moins d’étrangers
C’est probablement la meilleure manière de résumer la situation actuelle.
La Thaïlande ne ferme pas ses portes aux étrangers. Elle semble simplement vouloir en contrôler davantage l’ouverture.
Après avoir facilité pendant plusieurs années l’entrée et le séjour des visiteurs internationaux, Bangkok revient progressivement vers une politique davantage fondée sur le contrôle. Pour les voyageurs français, le changement le plus visible sera la réduction de l’exemption de visa à 30 jours à compter du 15 septembre 2026. Pour les immigrés, les expatriés et les investisseurs, la vigilance devra surtout porter sur le respect des règles concernant le travail, les entreprises et les structures de détention, et pour les visiteurs comme pour les résidents étrangers, un principe semble redevenir particulièrement important :
la Thaïlande reste ouverte, mais elle entend désormais faire respecter plus fermement ses règles.
Le royaume ne tourne donc pas le dos aux étrangers. Il leur demande simplement, de plus en plus clairement, de respecter les règles du pays qui les accueille.
FAQ – La Thaïlande durcit-elle sa politique envers les étrangers ?
La Thaïlande devient-elle moins accueillante envers les étrangers ?
Pas nécessairement. La Thaïlande ne remet pas en cause l’accueil des touristes, des investisseurs ou des résidents étrangers. En revanche, les autorités renforcent les contrôles et semblent adopter une politique de tolérance moindre envers les infractions, les abus du système migratoire et les activités économiques illégales.
Pourquoi la Thaïlande renforce-t-elle les contrôles sur les étrangers ?
Plusieurs objectifs sont avancés : lutter contre les séjours irréguliers, le travail sans permis, les activités commerciales illégales, l’utilisation de prête-noms thaïlandais et certains comportements susceptibles de troubler l’ordre public. Le gouvernement cherche également à mieux contrôler les flux migratoires et les activités étrangères présentes sur son territoire.
Les Français pourront-ils toujours voyager en Thaïlande sans visa ?
Oui. Les ressortissants français continuent de bénéficier de l’exemption de visa pour les séjours touristiques répondant aux conditions du régime applicable. En revanche, la durée maximale du séjour sans visa doit passer de 60 à 30 jours à compter du 15 septembre 2026.
Pourquoi la durée de l’exemption de visa est-elle réduite à 30 jours ?
Les autorités thaïlandaises souhaitent notamment limiter les abus du régime d’exemption de visa, renforcer le contrôle de l’immigration et trouver un nouvel équilibre entre attractivité touristique et maîtrise des séjours de longue durée.
Un touriste français risque-t-il d’être expulsé pour une simple infraction ?
Non, une simple infraction ou une amende ne signifie pas automatiquement qu’un touriste sera expulsé. Les nouvelles procédures donnent toutefois aux autorités davantage de moyens pour examiner et traiter plus rapidement les situations considérées comme problématiques, notamment en cas d’infractions graves ou répétées.
Quels étrangers sont particulièrement concernés par le renforcement des expulsions ?
Les mesures concernent notamment les personnes en situation irrégulière, celles qui travaillent sans autorisation, utilisent de faux documents, exercent certaines activités illégalement ou sont impliquées dans des infractions graves. Certains comportements considérés comme une menace pour l’ordre public ou l’intérêt général peuvent également faire l’objet d’un examen.
Qu’est-ce qu’un « nominee » en Thaïlande ?
Un nominee, ou prête-nom, désigne généralement une personne thaïlandaise utilisée comme actionnaire de façade pour dissimuler le contrôle réel d’une entreprise par un étranger. Ce type de montage peut être utilisé pour contourner certaines restrictions imposées aux investisseurs étrangers.
Est-il interdit à un étranger d’être actionnaire d’une société thaïlandaise ?
Non. La présence d’actionnaires étrangers dans une société thaïlandaise n’est pas automatiquement illégale. La législation thaïlandaise autorise différentes formes de participation étrangère, sous certaines conditions. Ce sont notamment les montages fictifs destinés à contourner la loi qui sont dans le viseur des autorités.
Pourquoi les contrôles contre les sociétés utilisant des prête-noms sont-ils renforcés ?
Les autorités veulent empêcher qu’une société apparemment conforme lors de sa création soit ensuite utilisée pour contourner les restrictions applicables aux capitaux étrangers, à certaines activités commerciales ou à la propriété foncière.
Les investisseurs étrangers doivent-ils s’inquiéter ?
Les investisseurs qui respectent la législation thaïlandaise n’ont pas, en principe, de raison particulière de s’inquiéter. En revanche, les montages juridiques complexes, les actionnaires de façade et les structures destinées à dissimuler le contrôle réel d’une entreprise sont susceptibles de faire l’objet d’une surveillance accrue.
La Thaïlande cherche-t-elle à faire partir les expatriés étrangers ?
Il n’existe pas de politique générale visant à faire partir les expatriés étrangers. La Thaïlande continue au contraire de chercher à attirer certaines catégories de résidents, de professionnels, d’investisseurs et de retraités. Le changement porte principalement sur le contrôle des conditions de séjour et le respect des règles.
La Thaïlande veut-elle réduire le nombre de touristes étrangers ?
Ce n’est pas nécessairement l’objectif. La politique touristique thaïlandaise évolue plutôt vers une logique de « Value over Volume », c’est-à-dire privilégier davantage la qualité des visiteurs et leur contribution économique plutôt que rechercher uniquement une augmentation du nombre d’arrivées.
Est-ce que ces nouvelles mesures concernent les touristes qui viennent deux ou trois semaines ?
Pour un touriste français qui vient passer deux ou trois semaines en Thaïlande et respecte les règles, l’impact devrait rester limité. La réduction de l’exemption de visa à 30 jours ne change notamment rien à un séjour touristique classique de moins d’un mois.
Que doit faire un Français qui souhaite rester plus de 30 jours en Thaïlande ?
Un voyageur souhaitant rester plus longtemps doit vérifier avant son départ quel régime de visa ou quelle autorisation correspond à la durée et à la nature de son séjour. Les règles pouvant évoluer, il est recommandé de consulter les informations officielles des autorités thaïlandaises avant le voyage.
Peut-on encore travailler en Thaïlande avec une exemption de visa ?
Non. L’exemption de visa touristique ne constitue pas une autorisation générale de travailler en Thaïlande. Une activité professionnelle exercée en Thaïlande doit respecter les règles applicables en matière de visa, de permis de travail et d’autorisation d’activité.
Peut-on être expulsé de Thaïlande pour un comportement jugé problématique ?
Certaines situations peuvent effectivement conduire les autorités à examiner une procédure d’expulsion, notamment lorsque le comportement d’un étranger est considéré comme contraire à l’ordre public, aux bonnes mœurs ou à l’intérêt général, selon les conditions prévues par le droit thaïlandais.
La Thaïlande est-elle toujours une destination sûre pour les touristes français ?
Pour les touristes qui respectent les lois et les règles locales, la Thaïlande reste une destination touristique internationale majeure. Le renforcement des contrôles ne signifie pas que les visiteurs ordinaires sont devenus indésirables. Il traduit surtout une volonté des autorités de mieux sanctionner les situations considérées comme abusives ou illégales.
Rédacteur : Mr Idress / Samui-Info.com


