Thaïlande : l’exemption de visa pourrait etre bientot réduite à 30 jours ?
Une réforme stratégique pour un tourisme plus sûr et plus durable
La Thaïlande s’apprête-t-elle à revoir en profondeur sa politique d’exemption de visa ? Le gouvernement a confirmé qu’une réduction de la durée de séjour sans visa, actuellement fixée à 60 jours pour 93 nationalités, est sérieusement à l’étude. Objectif affiché : lutter contre les abus, le travail illégal et certains risques sécuritaires, tout en préservant la dynamique touristique. Vos séjours sous exemption de visa en archipel de Koh Samui élargi (Koh Samui, Koh Phangan, Koh Tao, Khanom, Sichon Bay), et ailleurs en Thaïlande pourraient être considérablement réduit. Ainsi, il faudrait donc requérir un visa pour des séjours de plus de 30 jours
L’annonce, faite le 10 février 2026 par la porte-parole adjointe du gouvernement Airin Phanthurat à l’issue d’un Conseil des ministres, marque un tournant dans la stratégie migratoire du royaume. Derrière ce possible retour à 30 jours se dessine une volonté claire : rééquilibrer ouverture internationale et contrôle efficace des flux.
Décryptage complet d’une réforme présentée par Bangkok comme « saine », mesurée et compatible avec la croissance du tourisme.
Rappel : pourquoi la Thaïlande avait porté le séjour sans visa à 60 jours ?
Pour comprendre la portée de la réforme envisagée, il faut revenir à l’été 2024. Le 15 juillet, sous l’impulsion de l’ancien Premier ministre Srettha Thavisin, la Thaïlande élargissait considérablement son régime d’exemption de visa.
La durée de séjour sans visa passait alors de 30 à 60 jours pour 93 nationalités. Cette mesure ambitieuse poursuivait plusieurs objectifs :
- Relancer un tourisme affaibli après la pandémie.
- Stimuler les recettes en devises.
- Rassurer les marchés internationaux.
- Positionner la Thaïlande comme destination la plus accessible d’Asie du Sud-Est.
À court terme, le pari a fonctionné. Les arrivées internationales ont progressé, les taux d’occupation hôteliers ont grimpé et les destinations phares — comme Bangkok, Phuket ou Chiang Mai — ont retrouvé une fréquentation soutenue.
Mais à mesure que les flux augmentaient, les autorités ont observé un phénomène moins visible dans les statistiques : la montée des abus.
Les dérives constatées : travail illégal et détournement du statut touristique
Selon le rapport présenté au Conseil des ministres par le ministère des Affaires étrangères, l’exemption de 60 jours a été utilisée, dans certains cas, à des fins éloignées du simple tourisme.
1. Le travail dissimulé sous couvert de tourisme
Le principal problème identifié concerne des ressortissants étrangers exerçant une activité professionnelle sans permis de travail :
- enseignement informel,
- prestations numériques,
- activités commerciales,
- services dans le secteur touristique.
Le statut de touriste ne permet pas légalement d’exercer une activité rémunérée en Thaïlande. Or, avec 60 jours sur le territoire, certains ont pu développer une activité stable sans passer par les procédures réglementaires.
Pour les autorités, cette situation crée une concurrence déloyale vis-à-vis des entreprises locales et des travailleurs thaïlandais.
2. Une base arrière pour activités illicites régionales
Les services de sécurité ont également signalé que la durée prolongée facilitait l’installation temporaire de personnes impliquées dans des activités transfrontalières illicites.
La Thaïlande, en raison de sa position stratégique en Asie du Sud-Est, constitue un hub logistique naturel. Si cela représente un atout économique majeur, cela peut aussi attirer des réseaux cherchant à exploiter la souplesse administrative.
3. Les « faux touristes » longue durée
Autre phénomène observé : des séjours successifs, parfois enchaînés, créant une quasi-résidence sans visa adapté.
En pratique, certains visiteurs :
- restaient 60 jours,
- sortaient brièvement du territoire,
- revenaient immédiatement pour une nouvelle période.
Ce type de stratégie, bien que parfois toléré, pose des questions en matière de cohérence migratoire.
La réponse du gouvernement : un Comité de politique des visas
Face à ces constats, le Premier ministre a décidé de créer un Comité de politique des visas, présidé par le secrétaire permanent des Affaires étrangères.
Mission :
- Évaluer l’efficacité du dispositif actuel.
- Mesurer les impacts économiques.
- Analyser les risques sécuritaires.
- Proposer des ajustements.
La réduction à 30 jours figure parmi les recommandations centrales.
Cette approche traduit une volonté de gouvernance structurée. Il ne s’agit pas d’une réaction improvisée, mais d’une révision fondée sur des données administratives et sécuritaires.
Pourquoi 30 jours ? Une durée adaptée à la réalité touristique
La secrétaire permanente du ministère du Tourisme et des Sports, Natthriya Thaweevong, a tenu à préciser un point clé : la durée moyenne de séjour des touristes internationaux est inférieure à 21 jours.
Autrement dit :
- La majorité des voyageurs ne serait pas affectée.
- Les circuits classiques (Bangkok + plages + nord culturel) s’étalent sur 10 à 18 jours.
- Les séjours de plus d’un mois restent minoritaires.
Une mesure pragmatique
Revenir à 30 jours permettrait :
- De maintenir l’attractivité touristique.
- De limiter les usages détournés.
- D’aligner la Thaïlande sur les standards internationaux.
De nombreux pays d’Asie accordent une exemption de 30 jours. Le régime thaïlandais à 60 jours apparaissait comme particulièrement généreux.
Une réforme « saine » pour l’économie nationale
Le gouvernement insiste sur le caractère équilibré de la décision. Loin d’être restrictive, elle viserait à consolider la croissance.
Protéger le marché du travail thaïlandais
Le travail illégal :
- prive l’État de recettes fiscales,
- fragilise les entreprises déclarées,
- peut alimenter des réseaux informels.
En raccourcissant la durée de séjour sans visa, Bangkok envoie un message clair : les activités professionnelles doivent passer par les canaux légaux.
Renforcer la crédibilité internationale
Une politique migratoire cohérente rassure :
- les investisseurs,
- les partenaires diplomatiques,
- les institutions financières.
Un pays capable de contrôler efficacement ses flux est perçu comme stable et fiable.
Préserver l’équilibre social
Dans certaines zones touristiques, l’afflux de résidents informels a contribué à :
- la hausse des loyers,
- la pression sur les infrastructures,
- des tensions locales.
Un cadre plus clair favorise un développement harmonieux.
Quel impact pour les 93 nationalités concernées ?
La réforme ne modifierait pas la liste des pays éligibles à l’exemption. Elle porterait uniquement sur la durée initiale de séjour.
Important :
- Les voyageurs pourront toujours demander une extension auprès des services d’immigration.
- Les visas long séjour (travail, retraite, études) resteront accessibles.
- Les investisseurs disposeront de procédures spécifiques.
En clair, la Thaïlande ne ferme pas ses portes : elle clarifie ses règles.
Tourisme en Thaïlande : pourquoi la mesure ne devrait pas freiner les arrivées
Les chiffres du ministère du Tourisme montrent que :
- Plus de 70 % des visiteurs restent moins de 20 jours.
- Moins de 10 % dépassent 30 jours.
- Les séjours très longs sont minoritaires et souvent liés à des statuts spécifiques.
Les grandes destinations — Bangkok, Phuket, Chiang Mai — fonctionnent principalement sur des cycles courts à moyens.
Ainsi, la réduction à 30 jours ne devrait pas impacter le tourisme de masse ni le segment premium.
Une stratégie de long terme : vers un tourisme durable
Au-delà de la sécurité, la réforme s’inscrit dans une vision plus large :
- mieux répartir les flux,
- encourager un tourisme responsable,
- éviter la surpopulation prolongée dans certaines zones.
Un séjour touristique doit rester… touristique.
Les autorités souhaitent distinguer clairement :
- les visiteurs de courte durée,
- les travailleurs étrangers,
- les résidents longue durée,
- les investisseurs.
Cette segmentation permet une gestion plus efficace et plus transparente.
La Thaïlande reste l’une des destinations les plus ouvertes d’Asie
Même avec un retour à 30 jours, la Thaïlande :
- conserve une exemption de visa pour 93 nationalités,
- propose des extensions simples,
- maintient des programmes de visas longue durée attractifs.
Comparée à d’autres pays, la procédure demeure relativement accessible.
Conclusion : une réforme de régulation, pas de fermeture
La réduction envisagée du séjour sans visa de 60 à 30 jours ne constitue pas un recul, mais un ajustement stratégique.
Elle vise à :
- limiter les abus,
- protéger l’économie locale,
- renforcer la sécurité,
- préserver la réputation internationale du pays.
Pour les voyageurs respectueux des règles, rien ne change fondamentalement. Un séjour de deux ou trois semaines en Thaïlande restera parfaitement possible, simple et fluide.
En adoptant une politique plus structurée, Bangkok cherche à garantir que son hospitalité légendaire demeure un atout durable, et non une vulnérabilité.
La Thaïlande continue d’ouvrir ses portes au monde — mais avec un cadre plus clair, plus équilibré et plus sain.


