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Les « begpackers » : quand le tourisme occidental se transforme en mendicité indécente en Asie

Un phénomène révélateur des dérives du tourisme mondialisé

Une scène devenue familière à Bangkok et ailleurs en Asie

À Bangkok, la scène se répète chaque jour, presque sans surprendre. Sur un trottoir de Sukhumvit, à proximité d’un centre commercial climatisé ou d’une station de BTS bondée, un jeune Occidental est assis à même le sol. Devant lui, un carton griffonné en anglais : “Traveling around the world, please support my journey”. À côté, une guitare, un ukulélé ou quelques bracelets artisanaux. Le message est clair : il ne s’agit pas de survivre, mais de continuer à voyager.

Cette scène n’est plus propre à la capitale thaïlandaise. On la retrouve à Chiang Mai, Hanoï, Ho Chi Minh-Ville, Bali, Phnom Penh, Luang Prabang ou encore Katmandou. Partout, le même profil, le même discours, la même mise en scène. Ces voyageurs ont un nom : les begpackers.

Le terme, contraction de beggar (mendiant) et backpacker (voyageur sac au dos), désigne ces touristes qui financent tout ou partie de leur voyage en mendiant dans l’espace public. Longtemps marginal, le phénomène s’est progressivement normalisé, au point de devenir un symbole dérangeant des excès du tourisme contemporain.

D’où vient le phénomène des begpackers ?

Le begpacking apparaît dans les années 2010, à la croisée de plusieurs dynamiques : la démocratisation des vols long-courriers, l’explosion du backpacking en Asie du Sud-Est, et l’essor des réseaux sociaux comme vitrines de l’expérience personnelle.

Voyager longtemps, loin, avec peu d’argent est devenu une valeur en soi. Le manque de moyens n’est plus perçu comme un obstacle, mais comme une preuve d’authenticité. Dans cet imaginaire, vivre avec presque rien devient une posture morale : celle du voyageur « pur », opposé au touriste consommateur.

La mendicité s’inscrit alors comme une extension logique de cette philosophie. Pourquoi travailler, économiser ou rentrer chez soi, quand on peut simplement demander de l’aide sur place ? Le voyage devient une expérience collective financée par les autres — en l’occurrence, par des populations locales souvent bien plus pauvres que les voyageurs eux-mêmes.

Qui sont réellement les begpackers ?

Contrairement à l’image parfois véhiculée, les begpackers ne sont ni des marginaux, ni des exclus du système économique mondial. Ils viennent majoritairement de pays occidentaux riches : France, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Australie, Pays-Bas, Scandinavie.

Ils possèdent des passeports puissants, leur permettant d’entrer facilement dans la majorité des pays du monde. Beaucoup ont déjà payé des billets d’avion intercontinentaux coûteux. Ils voyagent avec du matériel technologique, des assurances, parfois même des comptes bancaires encore alimentés.

Leur précarité est temporaire, volontaire et réversible. À tout moment, ils peuvent rentrer chez eux. Cette possibilité change absolument tout.

Une pauvreté choisie, temporaire et scénarisée

Chez les begpackers, la pauvreté n’est pas une condition subie, mais une expérience choisie. Elle est souvent intégrée dans un récit personnel valorisant : « voyager sans argent », « vivre de la générosité humaine », « prouver que l’on peut vivre autrement ».

Cette pauvreté devient un élément de storytelling. Elle est photographiée, filmée, racontée. Elle nourrit des blogs de voyage, des chaînes YouTube, des comptes Instagram. Plus la situation semble extrême, plus elle est perçue comme authentique.

Mais cette mise en scène pose un problème fondamental : elle se déroule dans des pays où la pauvreté n’est ni un jeu, ni un choix.

La réalité sociale des pays hôtes

En Thaïlande, au Vietnam, au Cambodge ou en Indonésie, une grande partie de la population vit avec des revenus faibles et une protection sociale limitée. À Bangkok, de nombreux travailleurs gagnent l’équivalent de 300 à 400 bahts par jour. Dans les zones rurales, les revenus sont souvent encore plus bas.

Les vendeuses de rue, les ouvriers, les chauffeurs, les employés de nettoyage ou les personnes âgées travaillent souvent de longues heures pour subvenir à leurs besoins essentiels. Pour eux, chaque billet compte. Chaque jour sans revenu est un risque.

Lorsque des touristes occidentaux s’installent à côté d’eux pour mendier, le contraste est violent. D’un côté, une pauvreté structurelle, durable, sans échappatoire immédiate. De l’autre, une pauvreté temporaire, choisie, dont on peut sortir à tout moment en prenant un avion.

Une inversion morale profondément choquante

C’est là que réside le cœur du problème : les begpackers demandent de l’argent à des personnes objectivement plus pauvres qu’eux. Cette inversion morale choque de plus en plus les habitants, mais aussi de nombreux voyageurs.

Traditionnellement, la mendicité est associée à l’absence totale d’alternatives. Or, les begpackers ont presque toujours une alternative : rentrer chez eux, travailler, revoir leurs projets. Ils ne mendient pas pour survivre, mais pour prolonger un loisir.

Ce glissement transforme la mendicité en outil de confort personnel, et non en dernier recours. Une transformation qui pose une question essentielle : jusqu’où peut-on aller au nom de sa liberté individuelle ?

Privilège, compassion et aveuglement occidental

L’exploitation de la compassion culturelle en Asie

Dans de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, la générosité envers autrui est une valeur profondément enracinée. En Thaïlande, au Laos ou au Cambodge, le bouddhisme joue un rôle central dans la vie quotidienne et valorise le don comme un acte méritoire. Aider quelqu’un dans le besoin n’est pas seulement un geste social : c’est un acte moral, parfois spirituel.

Les begpackers s’inscrivent dans ce cadre sans toujours en mesurer les implications. Lorsqu’ils tendent la main, ils savent — consciemment ou non — qu’ils s’adressent à des populations culturellement enclines à donner, même lorsqu’elles disposent de peu. Cette générosité est souvent exercée sans jugement, sans poser de questions, par respect pour l’autre.

Mais ce que les begpackers exploitent ici n’est pas seulement une aide ponctuelle. Ils exploitent un système de valeurs qui n’a jamais été pensé pour financer des loisirs touristiques. L’argent donné devait soutenir les plus vulnérables de la communauté, pas prolonger le voyage d’un étranger privilégié.

Quand la générosité devient un outil de financement

Dans ce contexte, la mendicité touristique devient une forme de détournement moral. Le geste du don perd son sens originel. Il ne soulage plus une détresse réelle, mais alimente une décision personnelle : rester plus longtemps, éviter de travailler, repousser le retour.

Ce glissement pose un problème éthique majeur. Car les ressources données aux begpackers sont autant de ressources qui ne vont pas à des personnes réellement dans le besoin. Dans des économies où chaque petite somme compte, cet impact est loin d’être négligeable.

La question n’est donc pas seulement celle du voyageur, mais aussi celle de la responsabilité collective : qui profite réellement de cet échange ?

Mendier comme privilège social et racial

Un autre aspect central du phénomène est la notion de privilège. Un touriste occidental assis sur un trottoir avec un panneau est rarement perçu comme un mendiant au sens strict. Il est vu comme un voyageur original, parfois comme un artiste de rue, parfois même comme un aventurier inspirant.

À l’inverse, un Thaïlandais, un Cambodgien ou un Vietnamien qui mendie est immédiatement associé à la marginalité, à l’échec social, voire à la criminalité. Il est invisibilisé ou repoussé.

Cette différence de perception révèle un biais profond, lié à l’origine sociale, à la couleur de peau et au statut de touriste. Le même acte n’a pas la même signification selon celui qui l’accomplit. Le begpacking n’est possible que parce que ses auteurs savent qu’ils bénéficient d’un capital symbolique : celui de l’Occidental mobile, supposé temporairement « en difficulté ».

Le privilège de pouvoir s’en sortir

Ce qui distingue fondamentalement les begpackers des mendiants locaux, ce n’est pas la situation présente, mais la capacité de sortie. Les begpackers savent qu’ils pourront toujours s’en sortir. Ils peuvent appeler leurs parents, utiliser une carte bancaire, acheter un billet de retour.

Cette sécurité invisible change tout. Elle transforme la mendicité en expérience, en choix, en stratégie. Mendier devient un privilège réservé à ceux qui ne risquent rien à long terme.

Les populations locales, elles, n’ont pas ce luxe. Leur mendicité — lorsqu’elle existe — est souvent le dernier recours d’une vie sans alternatives.

Le mythe du voyage « hors système »

Les begpackers se présentent souvent comme des voyageurs « hors système », rejetant le capitalisme, le salariat et la société de consommation. Mendier serait, selon eux, une manière de vivre autrement, de sortir des règles imposées.

Mais ce discours ne résiste pas à l’analyse. Mendier dans un pays plus pauvre ne remet pas en cause le système économique mondial : cela en exploite les inégalités. Cela repose sur la mondialisation, sur la liberté de circulation réservée à une minorité, et sur les écarts de richesse entre le Nord et le Sud.

Ce n’est pas une critique du système, mais une utilisation opportuniste de ses failles.

Voyager sans argent : liberté ou irresponsabilité ?

Voyager sans argent est souvent présenté comme un idéal de liberté absolue. Pourtant, cette liberté a un coût — et ce coût est assumé par d’autres. En l’occurrence, par des populations locales qui n’ont jamais consenti à financer le voyage d’un étranger.

La liberté individuelle cesse d’être légitime lorsqu’elle repose sur la contrainte morale d’autrui. Lorsque donner devient difficile à refuser, lorsque la compassion est sollicitée sans nécessité réelle, la frontière entre liberté et exploitation est franchie.

Réactions locales et malaise croissant

Dans de nombreuses villes asiatiques, le phénomène des begpackers suscite un malaise grandissant. Les habitants comprennent mal pourquoi des étrangers demandent de l’argent alors qu’eux-mêmes travaillent dur pour survivre.

Dans certains cas, des réactions plus fermes apparaissent. Des autorités locales rappellent que la mendicité est illégale, y compris pour les étrangers. Mais ces interventions restent ponctuelles, tant le sujet est sensible dans des économies dépendantes du tourisme.

Ce malaise reste souvent silencieux, mais il est bien réel. Il alimente un ressentiment diffus, rarement exprimé publiquement, mais profondément ancré.

Une image dégradée du tourisme occidental

À long terme, le begpacking nuit à l’image du tourisme occidental en Asie. Il renforce l’idée d’un voyageur arrogant, déconnecté, convaincu que le monde entier doit s’adapter à ses désirs.

Cette perception fragilise la relation entre visiteurs et populations locales, et va à l’encontre même de l’idée de rencontre interculturelle que beaucoup de voyageurs prétendent rechercher

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