Votre agence de voyages & immobilière en France et en Thaïlande depuis 25 ans
Infos & Réservations01 77 23 90 45SAMUI-INFO by GLOBALTOURS (IM075120078) - 5, rue Thorel, 75002 Paris
Top

Isan it Lovely? 

Isan, Thaïlande : voyage au cœur d’une terre secrète

Avant d’explorer les iles et plages de l’archipel de Koh Samui élargi (Koh Samui, Koh Phangan, Koh Tao, Khanom & Sichon Bay), découvrez une région magnifique, pleine de mystères, riche en saveurs.

De Suvarnabhumi à l’Isan

Suvarnabhumi. Le nom même de l’aéroport international de Bangkok résonne comme une promesse. « Terre d’Or ». Une appellation qui ne doit rien au hasard. Dès l’arrivée, le visiteur est happé par un univers de verre, d’acier et de lumière, symbole assumé d’une Thaïlande résolument tournée vers le XXIᵉ siècle. Les parois transparentes, les passerelles futuristes et l’organisation millimétrée dessinent un message limpide : le royaume est entré de plain-pied dans la modernité mondiale.

Dans les files d’attente des comptoirs de correspondance, les trajectoires se dessinent. Certains voyageurs poursuivent leur route vers les plages éclatantes de Phuket ou de Koh Samui, en quête de sable blanc et de cocktails. D’autres montent d’abord vers le nord, attirés par Chiang Mai, ses temples anciens et ses montagnes brumeuses. Tous restent néanmoins dans un imaginaire balisé, rassurant, déjà abondamment raconté.

Une autre direction existe pourtant, plus discrète, presque absente des brochures touristiques. Àu Nord- l’est. Vers l’Isan.

Un vol domestique, plus modeste, mène à Ubon Ratchathani. Peu de passagers étrangers à bord. Peu de signes annonçant une destination prisée. L’Isan, vaste région du nord-est thaïlandais, demeure largement ignorée du tourisme de masse. Un quotidien anglophone de Bangkok l’a un jour qualifiée de région « hors des sentiers battus ». Une formule polie pour désigner un territoire longtemps marginalisé, à la fois géographiquement, économiquement et symboliquement.

L’Isan : une mosaïque culturelle à l’écart des projecteurs

L’Isan ne scintille pas comme l’or promis par Suvarnabhumi. Ici, la terre est verte, parfois ocre, souvent rougeâtre. Rurale, agricole, profondément ancrée dans les cycles naturels, la région se distingue par une identité plurielle façonnée par l’histoire et la géographie. Les influences lao, khmères, vietnamiennes et sino-thaïes s’y entremêlent sans jamais se dissoudre complètement.

D’une superficie à peine supérieure à celle de l’Irlande, l’Isan offre pourtant une diversité humaine et paysagère remarquable. Pour une partie de la bourgeoisie urbaine thaïlandaise, cette région reste associée à la pauvreté, au travail domestique, à l’exode rural. Les préjugés persistent, tenaces. L’Isan est souvent perçue comme un réservoir de main-d’œuvre plutôt que comme un territoire de culture.

Cette vision réductrice s’effondre pourtant dès les premières heures passées sur place.

Arrivée à Ubon Ratchathani : immersion immédiate

À peine trente minutes après l’atterrissage, le décalage est total. L’Isan ne ménage aucune transition. La scène pourrait sembler improbable ailleurs : deux équipes de policiers, en uniforme, s’affrontent dans une partie animée de takraw. Ce sport spectaculaire, mélange singulier de football, de volley-ball et d’arts martiaux, exige souplesse, coordination et agilité aérienne. Les corps s’élancent, les jambes fouettent l’air, les acrobaties s’enchaînent sous un soleil écrasant.

Autour du terrain improvisé, les conversations s’engagent. Les cartes de visite circulent. Un journaliste local se révèle être un ancien champion de boxe poids welter. Les trajectoires individuelles, ici, semblent toujours multiples.

Un chauffeur local propose ensuite une activité qui confirme l’éloignement des clichés touristiques : assister à un combat de coqs. La suggestion est faite avec une simplicité désarmante, comme s’il s’agissait d’une promenade dominicale. Les alternatives sont limitées. Pas de stations balnéaires, pas de plages aménagées, pas de salons de massage alignés le long des rues, encore moins de spectacles conçus pour les visiteurs. L’Isan impose ses propres règles.

Une gastronomie sans compromis : premières saveurs de l’Isan

La découverte de la région passe inévitablement par la table. En Isan, la cuisine n’est pas un décor folklorique ; elle est une nécessité quotidienne, une expression directe du territoire.

Le premier repas donne le ton. Du porc cru mariné, enveloppé dans des feuilles de bananier, côtoie un tilapia grillé sous une épaisse croûte de sel. Mais ce sont surtout les « crevettes sauteuses » qui retiennent l’attention. Translucides, minuscules, à peine plus grosses que des cloportes, elles bondissent littéralement dans l’assiette, animées d’une énergie déroutante.

La préparation relève presque de la performance. Une poignée de ces crustacés vivants est déposée dans une assiette, rejointe par du piment rouge, de la coriandre fraîche, de la sauce de poisson et du jus de citron vert. Une seconde assiette vient sceller l’ensemble. Puis tout est secoué vigoureusement. Le résultat surprend autant par la texture que par la saveur : un croquant inattendu, évoquant des céréales soufflées, mais dans une version résolument adulte, saline et épicée.

Le marché humide d’Ubon : cœur battant de l’Isan

Pour comprendre l’Isan, il faut arpenter ses marchés. Celui d’Ubon Ratchathani se présente comme une encyclopédie vivante de la subsistance locale. Tout y est exposé sans hiérarchie ni mise en scène : le vivant, le mort, le cru, le cuit, le fermenté, le mariné.

Les étals offrent un spectacle déroutant. Grenouilles maintenues immobiles par des pattes disloquées, placenta de vache présenté sans fard, scarabées de combat alignés comme des bijoux sombres. À côté de ces visions dérangeantes pour les sensibilités occidentales, d’autres produits éveillent la curiosité : crabes d’eau douce encore frémissants, un légume ondulant surnommé « langue du ciel », dépassant les trente centimètres, ou encore des champignons élancés aux formes presque irréelles.

Le marché n’est pas seulement un lieu d’échange commercial. Il constitue un espace social, un conservatoire de savoirs alimentaires transmis de génération en génération.

Goûter l’Isan : entre fermentation et douceur

Les dégustations s’enchaînent. Des lamelles de bœuf salé et séché, piquées sur des bâtons de bambou, se grignotent comme des en-cas. Le riz vert de la nouvelle récolte offre une fraîcheur végétale rare. Les mam, saucisses fermentées et dodues, dégagent une odeur puissante mais séduisante. Les khanom krok, petites gaufrettes croustillantes garnies d’une crème de coco épaisse, apportent une note sucrée bienvenue.

Pour faciliter la digestion, une baie verte et astringente est proposée. Le samoh Thai, semblable à une noix, est traditionnellement mâché après les repas. Il possède également une autre fonction surprenante : adoucir l’eau en bouteille, preuve supplémentaire de l’ingéniosité culinaire locale.

L’Isan, terre de contrastes climatiques et de résilience

L’Isan est souvent décrite comme la région la plus sèche de Thaïlande. Cette affirmation, sous les tropiques, mérite d’être nuancée. La sécheresse ici n’exclut pas la violence de l’eau. Elle la prépare. Lorsque la mousson arrive, les paysages changent de visage avec une brutalité presque théâtrale.

Le long de la route principale menant vers l’est, un alignement de tentes improvisées rappelle la fragilité des équilibres humains face aux caprices du climat. Ces abris temporaires témoignent de crues récentes. Un mois après le retrait des eaux, certaines maisons bordant la rivière Mun demeurent partiellement englouties. Les pilotis apparaissent comme des jambes fatiguées, plantées dans une boue encore saturée.

La Mun, artère vitale de l’Isan, poursuit pourtant son cours sans se soucier des récits qu’elle charrie. Elle s’écoule vers le sud-est, indifférente, jusqu’à rejoindre le Mékong à Khong Chiam, à une centaine de kilomètres en aval.

La rivière Mun et le Mékong : là où les eaux racontent l’Histoire

Durant la guerre du Vietnam, les forces américaines avaient rebaptisé la Mun « Moon River ». Une appellation poétique, presque incongrue, pour une rivière qui servait alors de repère stratégique dans une région sous tension. Aujourd’hui encore, cette superposition de noms souligne la manière dont les puissances extérieures ont tenté d’inscrire leurs propres récits sur ces paysages anciens.

À Khong Chiam, un lieu nommé Song Siam est réputé pour un phénomène naturel souvent décrit dans les livres : la rencontre spectaculaire entre le bleu limpide de la Mun et le brun opaque du Mékong. En réalité, à la fin de l’hiver, lorsque les eaux sont basses, la distinction s’estompe. Les deux rivières couleur ocre se rejoignent alors le long d’une couture invisible, comme si la nature refusait le spectacle attendu.

Le Mékong, géant indomptable, marque ici la frontière entre la Thaïlande et le Laos. Plus qu’une ligne politique, il constitue une frontière vécue, traversée quotidiennement par des regards, des sons et des pratiques.

La nuit, les lumières des rives opposées semblent se répondre par clins d’œil silencieux. À l’aube, la musique diffusée par un haut-parleur laotien franchit la frontière sans visa. Les barques de pêche, plates et trapues, au nez tronqué, glissent sur les courants tourbillonnants avec une maîtrise héritée de générations entières.

Le Mékong nourricier : poissons, mythes et menaces

Le Mékong abrite plus de sept cents espèces de poissons. Peu de fleuves au monde peuvent revendiquer une telle richesse biologique. Cette abondance a façonné l’alimentation, les croyances et l’économie des populations riveraines depuis des siècles.

Parmi ces espèces figure le pla beuk, le poisson-chat géant du Mékong, considéré comme l’un des plus grands poissons d’eau douce au monde. Symbole de puissance et de prospérité, il est aujourd’hui menacé d’extinction, victime de la surpêche, des barrages et des bouleversements écologiques.

Il y a quarante ans, l’écrivain et gastronome britannique Alan Davidson, alors ambassadeur au Laos, n’hésitait pas à parcourir des heures de route pour goûter ce poisson rare. Il le décrivit comme charnu, délicat, exceptionnel. Cette époque semble désormais révolue.

Dans un restaurant flottant voisin, les morceaux de pla beuk servis dans une soupe aigre-douce laissent une impression mitigée. La texture caoutchouteuse trahit sans doute un élevage artificiel, éloigné des conditions naturelles du fleuve. Bien plus convaincants sont les plats plus modestes : de minuscules pla het, frits jusqu’à devenir plus croustillants que les plus fins des éperlans, une soupe tom yam aux champignons sauvages intensément parfumée, ou encore un poisson salé sauté, accompagné de chou frisé délicatement aromatisé.

Khong Chiam et la crevette géante : prestige et disparition

Khong Chiam est également célèbre pour un autre géant aquatique : une crevette d’eau douce pouvant atteindre près d’un demi-kilo. Durant la saison sèche, il n’est pas rare de les voir se dandiner sur les bancs de boue, spectacle à la fois comique et fascinant.

Ces crevettes sont devenues des mets de prestige. Leur rareté les rend coûteuses. Aujourd’hui, elles sont majoritairement élevées en ferme, perdant au passage une partie de leur caractère sauvage. Dans un bassin d’un restaurant local, quelques spécimens apathiques reposent au fond de l’eau trouble. Rien, dans leur immobilité, ne rappelle la danse gracieuse décrite par les anciens. Le choix est vite fait : la route reprend ses droits.

Longer le Mékong : une route sans promesse ni certitude

Suivre le Mékong revient à emprunter une route côtière sans horizon maritime. Chaque virage dissimule une scène nouvelle. À un moment, des buffles d’eau ruminent lentement sous le soleil, leurs flancs luisants couverts de boue séchée. Plus loin, des agriculteurs récoltent le riz, les pantalons retroussés, les pieds immergés dans une eau tiède.

Puis, sans transition, le paysage se métamorphose. Dans le parc national de Pha Taem, la végétation s’épaissit. Le sol se couvre d’un tapis d’orchidées sauvages, délicates et abondantes. Quelques minutes de marche suffisent pour atteindre le bord d’une falaise vertigineuse. En contrebas, un canyon sinueux se dessine, sculpté par la patience millénaire de la rivière.

Sous un surplomb rocheux, des peintures rupestres préhistoriques apparaissent. Jarres stylisées, silhouettes humaines, poissons géants. Ces figures, tracées il y a plusieurs milliers d’années, rappellent que le Mékong fut bien avant tout une source de vie, de mythes et de représentations.

Ban Pa Ao : l’art du bronze et la mémoire des gestes

La route mène ensuite au village de Ban Pa Ao, réputé dans toute la région pour son savoir-faire ancestral dans la fabrication artisanale de cloches en laiton et en bronze. Dans une clairière, une douzaine d’hommes s’activent autour de fours rudimentaires.

L’argile est mélangée à de la bouse de vache, façonnée en moules, puis cuite sur du charbon. Le métal en fusion est versé avec une précision héritée de l’expérience plutôt que de la mesure. Chaque geste est lent, assuré, presque cérémoniel.

Le reste du village semble étrangement silencieux. Les femmes, pour la plupart, ont abandonné cet artisanat pour se consacrer au tissage de la soie. Là encore, l’Isan révèle ses transitions discrètes, ses adaptations constantes face aux réalités économiques contemporaines.

Le wat comme centre du monde

Une villageoise solitaire finit par apparaître, marchant sans hâte. Elle indique le chemin du wat, le temple. Comme souvent en Isan, le cœur de la vie collective se trouve là.

Dans l’enceinte du temple, presque toutes les femmes du village sont rassemblées. La fin du carême bouddhique approche, et un festin se prépare. Les rôles sont répartis sans qu’aucune directive ne semble nécessaire. Certaines emballent des paquets de riz gluant à la noix de coco sucrée dans des feuilles soigneusement pliées. D’autres effilochent des légumes avec une dextérité tranquille. Un groupe se relaie autour d’un énorme mortier et pilon, écrasant des ingrédients dans un rythme hypnotique.

De grandes marmites en aluminium accueillent les bases de soupe, tandis que les femmes âgées arrangent des fleurs avec une sérénité presque méditative. Le temps semble suspendu, comme si chaque geste participait à un équilibre invisible.

Som tam : bien plus qu’une salade

Lorsque les assiettes de som tam sont enfin servies, la simplicité du plat contraste avec la richesse de son importance culturelle. Papaye verte râpée, citron vert, piment, sauce de poisson, sucre de palme. Rien de superflu. Rien d’ornemental.

Ce plat fait partie intégrante de l’identité culinaire de l’Isan. Les enfants en chantent même une comptine, preuve de son ancrage profond dans le quotidien. Chaque famille, chaque village, chaque cuisinière possède sa propre variation, ajustant l’équilibre entre acidité, douceur, salinité et feu.

Le riz gluant : colonne vertébrale alimentaire de l’Isan

En Isan, le riz gluant remplace le riz jasmin consommé dans d’autres régions de Thaïlande. Son nom évoque une texture collante, presque lourde. La réalité est plus subtile. Cuit à la vapeur dans des paniers tressés appelés poétiquement « paniers de joie », il devient souple, malléable, jamais pâteux.

Il se mange de multiples façons. Aplati et roulé en petites bouchées, il accompagne les plats secs. Pour les soupes et les currys, une méthode plus singulière est employée : une boule de riz est façonnée, placée en bouche, puis rejointe par une cuillerée de bouillon. Le mélange se fait directement, dans un geste intime et précis.

Les rizières de l’Isan : un paysage nourricier et vivant

Avant la récolte, les rizières de l’Isan s’étendent à perte de vue comme une moquette végétale d’un vert dense et vibrant. Sous le soleil, les tiges ondulent doucement, animées par un vent tiède chargé d’humidité. À distance, le paysage paraît uniforme. De près, il révèle une richesse insoupçonnée.

Entre les plants de riz poussent des fleurs sauvages aux teintes roses, jaunes et lavande. Ces plantes, longtemps considérées comme de simples herbes, constituent en réalité une part essentielle de l’alimentation locale. Les Chinois les désignent sous le nom poétique « d’herbes du paradis parfumé ». Leur goût acidulé, presque citronné, provoque une forme d’addiction douce, tant il rafraîchit le palais dans un climat souvent éprouvant.

Les canaux d’irrigation qui séparent chaque parcelle forment de véritables garde-manger aquatiques. Poissons minuscules, coquillages, escargots d’eau douce et crustacés y prospèrent. Rien n’est gaspillé. Tout est comestible. Tout est utilisé. La frontière entre agriculture et cueillette disparaît ici complètement.

Cette biodiversité comestible illustre un principe fondamental de l’Isan : vivre avec la terre plutôt que contre elle.

Mahachai : la cuisine comme cœur de la maison

La route mène à Mahachai, un village ordinaire en apparence, mais exemplaire dans sa manière de perpétuer une cuisine profondément enracinée dans le territoire. Une maison sur pilotis s’y dresse, simple et fonctionnelle. À l’arrière, séparée de l’espace de vie, se trouve la cuisine.

Ce choix architectural n’est pas anodin. Autrefois, les maisons étaient couvertes de toits de chaume. En cas d’incendie, elles ne brûlaient jamais entièrement. La cuisine, exposée au feu, était ainsi isolée pour protéger le reste de l’habitat. Cette logique pragmatique subsiste encore aujourd’hui, même lorsque les matériaux ont changé.

La cuisine est un espace ouvert, traversé par les sons, les odeurs et les échanges. Ici, la préparation des repas est un acte collectif, jamais solitaire.

Préparer le repas : un savoir partagé

La préparation commence tôt. Les ingrédients arrivent par poignées, paniers et bassines. Grenouilles fraîchement capturées, pousses de bambou encore fumantes, légumes-feuilles cueillis à l’aube, insectes récoltés dans les champs.

Les rôles se répartissent naturellement. Les grenouilles sont nettoyées avec soin. Les pousses de bambou sont fumées lentement sur un feu ouvert, afin d’en adoucir l’amertume. Les soupes et les currys sont confiés aux mains les plus expérimentées, tandis que les plus jeunes s’occupent de tâches minutieuses : arracher les ailes des scarabées, laver les herbes, trier les légumes.

Les crabes, carapaces comprises, sont pilonnés dans un mortier massif jusqu’à obtenir une pâte dense et parfumée. Rien n’est retiré. Rien n’est filtré. La texture finale témoigne de la volonté de préserver l’intégrité de l’ingrédient plutôt que de la lisser.

Le bois de chauffage, lui aussi, provient des environs immédiats. Chaque élément du repas raconte une proximité géographique extrême.

L’ordre des ingrédients : une science intuitive

Selon la tradition culinaire de l’Isan, l’ordre dans lequel les ingrédients sont introduits est fondamental. Cette règle, transmise oralement, repose sur une compréhension fine des équilibres gustatifs.

Pour une soupe, l’eau est d’abord portée à ébullition avec le galanga, l’oignon et la citronnelle. Ces aromates forment la colonne vertébrale du bouillon. Vient ensuite la sauce de poisson fermentée, qui apporte profondeur et umami. Le poisson ou la grenouille est ajouté délicatement, sans agitation. Remuer troublerait le liquide et renforcerait excessivement le goût de poisson.

Les légumes-feuilles ne sont incorporés qu’à la toute fin. La marmite est alors retirée du feu afin d’éviter toute surcuisson. Enfin, le citron vert frais est pressé, hors flamme, pour préserver sa vivacité.

Cette précision ne relève pas de la recette écrite, mais d’une mémoire corporelle affinée par l’expérience.

Un repas issu du jardin et des champs

Après plusieurs heures de préparation, le repas est servi. Les plats se succèdent sans hiérarchie apparente : coulis de crabe, bambou grillé, som tam, soupe aux champignons sauvages, scarabées sautés de deux variétés différentes, tranches de « langue du ciel », escargots d’eau frits, soupe de grenouille au rotin, curry de grenouille riche et parfumé.

Tous les ingrédients proviennent du jardin ou des champs situés à moins de cinq minutes de marche. Cette proximité n’est pas revendiquée comme un luxe ou une démarche écologique consciente. Elle est simplement la norme.

La table devient un lieu d’échange silencieux, ponctué de commentaires discrets, de rires retenus, de gestes partagés. Manger ici n’est jamais un acte isolé. C’est une continuation naturelle de la vie collective.

Autosuffisance et sobriété : une philosophie incarnée

La cuisine de l’Isan repose sur une logique d’autosuffisance. Elle n’exclut ni le commerce ni l’échange, mais elle privilégie systématiquement ce qui est disponible localement. Cette approche ne relève pas d’un rejet de la modernité, mais d’une adaptation intelligente aux contraintes climatiques et économiques.

L’utilisation d’insectes, d’amphibiens et de plantes sauvages ne constitue pas une curiosité exotique. Elle répond à une nécessité nutritionnelle, à une abondance saisonnière et à une connaissance fine de l’environnement.

Cette sobriété choisie confère à la gastronomie de l’Isan une richesse paradoxale. Moins d’ingrédients, mais plus de saveurs. Moins de transformation, mais plus de caractère.

Nakhon Phanom : le tumulte après le silence

Après la quiétude rurale, la route mène à Nakhon Phanom. La transition est brutale. Ici, la ville vibre d’une énergie différente. Les communautés sino-thaïlandaises y prospèrent, tout comme la population vietnamienne installée depuis plus d’un siècle, fuyant autrefois la domination coloniale française en Indochine.

L’histoire a laissé des traces profondes. Dans les années 1920, Ho Chi Minh séjourna dans un village voisin, préparant en silence la lutte pour l’indépendance du Vietnam. Aujourd’hui encore, cette mémoire politique imprègne discrètement les lieux.

La ville est un carrefour. Les Laotiens traversent le Mékong pour acheter de l’électroménager meilleur marché. Les pêcheurs vendent leurs prises à meilleur prix. Les Thaïlandais utilisent la ville comme étape avant de rejoindre le casino de Thakhek, au Laos, où les taxes sur le vin sont plus faibles.

Mais Nakhon Phanom possède aussi une face plus sombre. Le trafic d’amphétamines y est florissant. La ville se trouve également sur une route clandestine de « voleurs de chiens », destinés aux marchés de Hanoï. Ces réalités coexistent sans fard avec le quotidien ordinaire.

Nakhon Phanom au petit matin : quand la ville s’éveille par la cuisine

À l’aube, Nakhon Phanom se transforme. La chaleur nocturne s’attarde encore dans l’air, mais les rues commencent déjà à vibrer. Les marchés improvisés surgissent aux abords des trottoirs, les réchauds fument, les marmites frémissent. Ici, le petit déjeuner n’est pas une collation rapide. Il constitue un véritable rituel social.

La cuisine matinale de Nakhon Phanom reflète le métissage profond de la ville. Influences lao, vietnamiennes, chinoises et isaniennes s’y entremêlent sans jamais s’effacer. Chaque plat raconte une migration, un exil, une adaptation.

Parmi ces spécialités figure le pak moh, une préparation à la fois simple et ingénieuse. De fines crêpes de farine de riz sont cuites à la vapeur sur un tissu de coton tendu comme la peau d’un tambour au-dessus d’un réchaud. La pâte, presque liquide, se fige en une pellicule translucide. Elle est ensuite garnie de porc haché, d’œuf ou parfois de crackers de crevettes, avant d’être pliée avec précision.

Le pak moh se consomme chaud, accompagné d’une sauce mêlant piment, sucre et citron vert. L’équilibre est délicat, mais maîtrisé. Ce plat illustre à merveille la philosophie culinaire locale : peu d’ingrédients, une technique précise, un résultat profondément satisfaisant.

Les douceurs du matin : kanom et lait de coco

Après le salé, les desserts prennent naturellement place. Dans les étals, les kanom attirent le regard par leurs couleurs vives. Ces douceurs traditionnelles se présentent sous forme de gelées multicolores, de perles translucides ou de cubes souples, baignés dans un lait de coco sucré.

La texture est primordiale. Rien n’est croustillant. Tout est moelleux, glissant, presque méditatif à la dégustation. Le sucre n’agresse jamais le palais. Il enveloppe. Ces desserts, souvent consommés dès le matin, témoignent d’un rapport différent au temps et au plaisir alimentaire.

Kanom jeen : les nouilles fermentées de l’Isan

Pour comprendre la contribution de l’Isan à l’univers mondial des nouilles, il faut quitter la ville. À quelques kilomètres seulement, près du pont de Songkram, une silhouette familière s’installe avant même que le soleil ne soit complètement levé.

Bunrat, vendeuse de nouilles depuis des décennies, prépare les kanom jeen, l’un des piliers culinaires de la région. Ces nouilles de riz fermenté possèdent une saveur légèrement acidulée, signature de l’Isan.

La préparation est fascinante. La pâte de riz fermentée est versée dans un dispositif ressemblant à un sac muni d’une base perforée. Maintenu au-dessus d’une marmite d’eau frémissante, le sac est pressé lentement. Les nouilles tombent directement dans l’eau, où elles cuisent en quelques secondes à peine. Elles sont ensuite récupérées et torsadées en fins écheveaux réguliers.

Servies avec une louche de soupe parfumée et une généreuse poignée de légumes crus — haricots ailés, feuilles de kratin, ciboulette fraîche — les kanom jeen offrent une expérience gustative d’une complexité remarquable. Le contraste entre fermentation, fraîcheur végétale et chaleur du bouillon crée un équilibre rare.

Ce plat, vendu pour une somme dérisoire, rivalise sans effort avec les meilleures nouilles des quartiers chinois les plus réputés du monde.

Sur la route du retour : Renu Nakon et le vin de riz lao hai

Le voyage touche à sa fin. Sur la route menant à l’aéroport, un arrêt s’impose à Renu Nakon, petite localité connue pour une spécialité ancestrale : le lao hai, vin de riz emblématique de l’Isan.

Dans une boutique modeste, de grandes jarres en céramique sont alignées. Chacune renferme un potentiel invisible. À l’intérieur reposent des boules de riz fermenté, compactes, presque inertes en apparence. La jarre est accompagnée de deux longues pailles en bambou creuses, accessoires indissociables du rituel.

La préparation du lao hai obéit à un protocole précis. Le sceau est brisé, le son écrasé, puis un liquide est ajouté. Traditionnellement, de l’eau. Certains recommandent aujourd’hui la bière, qui accélère la fermentation et enrichit les arômes.

En quelques minutes, une odeur douce et légèrement fruitée s’échappe de la jarre, rappelant le saké ou certains vins naturels. Aspiré à la paille, le liquide est faiblement alcoolisé, légèrement sucré, étonnamment rafraîchissant. En laissant reposer la préparation, le taux d’alcool augmente progressivement. Les saveurs s’arrondissent, gagnent en profondeur et en complexité.

Le lao hai ne se boit pas à la hâte. Il se partage. Il se laisse évoluer. Il incarne à lui seul une philosophie du temps long.

L’Isan : une région qui se révèle en profondeur

L’Isan ne cherche jamais à séduire immédiatement. Elle n’offre ni plages spectaculaires ni temples grandioses destinés à l’objectif des appareils photo. Sa richesse se cache sous la surface, dans les gestes quotidiens, dans les saveurs franches, dans les paysages sobres mais habités.

Chaque élément observé — des rizières vivantes aux marchés humides, des cuisines familiales aux nouilles fermentées, des peintures rupestres aux jarres de vin de riz — participe à une cohérence profonde. Celle d’un territoire façonné par la résilience, l’ingéniosité et la transmission.

La magie de l’Isan ne réside pas dans l’évidence. Elle se mérite. Plus on creuse, plus elle révèle de couches, de nuances et de sens. Comme le lao hai, elle dissimule sous une apparente simplicité une richesse insoupçonnée, prête à se dévoiler à ceux qui prennent le temps d’écouter, de goûter et d’observer.

Leave a Reply:

Devis sur mesure selon votre budget

Assistance locale 24h/24h par votre guide

30 ans d’expertise et 1 agence à Paris

1200 clients satisfaits en 2024

Séjours au meilleur coût, pas d’intermédiaires !

Des packages exclusifs inédits Samui-Info Voyages

Newsletter
N'hésitez pas à vous inscrire à notre Newsletter pour recevoir des informations concernant Koh Samui, nos nouveautés voyages et immobilières.