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Les « ladyboys »en archipel de Koh Samui et ailleurs en Thaïlande

Déconstruire un cliché occidental pour comprendre la réalité des kathoey

La Thaïlande fascine, intrigue, attire… et alimente depuis des décennies un imaginaire aussi coloré que caricatural. Parmi les clichés les plus persistants figure celui des « ladyboys », terme omniprésent dans les guides touristiques, les vidéos YouTube, les discussions de voyageurs et les réseaux sociaux. Pour beaucoup d’Occidentaux, ce mot semble désigner une particularité presque folklorique du pays : une présence supposément massive de personnes transgenres, visibles, acceptées, parfois même érigées en attraction touristique.

Mais derrière ce mot maladroit, souvent moqueur, se cache une réalité bien plus complexe, plus ancienne et infiniment plus intéressante. Car ce que l’Occident appelle « ladyboys » correspond en réalité au concept thaïlandais de kathoey (ou katoey, kathoey selon les transcriptions), une identité culturelle et sociale profondément enracinée dans l’histoire de la Thaïlande et, plus largement, de l’Asie du Sud-Est.

Alors, pourquoi les kathoey semblent-ils si nombreux en Thaïlande ? Sont-ils réellement plus présents qu’ailleurs ? Sont-ils mieux acceptés ? Et surtout, pourquoi notre regard occidental peine-t-il tant à comprendre cette réalité sans la réduire à un cliché exotique ?

Pour répondre à ces questions, il faut accepter de déconstruire nos catégories mentales, remettre en cause notre obsession de la binarité de genre et plonger dans l’histoire, la spiritualité et les structures sociales thaïlandaises.


Le terme « ladyboy » : un mot occidental biaisé et réducteur

Commençons par le commencement : le mot « ladyboy » n’est pas thaïlandais. Il s’agit d’un terme d’argot anglais, largement popularisé par le tourisme sexuel, les médias sensationnalistes et la culture pop occidentale. S’il est parfois employé sans intention malveillante, il reste profondément problématique.

Pourquoi ? Parce qu’il mélange, confond et simplifie des réalités identitaires extrêmement diverses. Il suggère une hybridité presque grotesque, comme si les personnes concernées étaient des curiosités biologiques plutôt que des individus à part entière. Il efface aussi les différences entre identité de genre, expression de genre et orientation sexuelle, trois notions encore trop souvent amalgamées dans le regard occidental.

En Thaïlande, ce mot n’a aucune valeur descriptive sérieuse. Il est surtout perçu comme un terme étranger, souvent condescendant, parfois offensant. Les Thaïlandais parlent bien plus volontiers de kathoey, un concept qui ne se superpose pas exactement aux catégories occidentales comme « femme trans », « homme gay efféminé » ou « personne non binaire ».

Comprendre la Thaïlande à travers le mot « ladyboy », c’est un peu comme tenter de comprendre la gastronomie française en réduisant tous ses plats au mot « cheese ». C’est pratique, mais terriblement faux.


Les kathoey : une réalité ancienne, pas une mode moderne

L’une des erreurs les plus fréquentes du regard occidental consiste à penser que la transidentité est un phénomène récent, né des débats contemporains sur le genre. Certains vont même jusqu’à parler d’« invention moderne », influencée par les réseaux sociaux ou les mouvements militants. L’histoire, pourtant, démontre exactement l’inverse.

Partout dans le monde et à toutes les époques, des identités de genre non conformes ont existé : les hijras en Inde, les muxes zapotèques au Mexique, les prêtres de Cybèle dans l’Antiquité grecque, les Two-Spirit chez plusieurs peuples autochtones d’Amérique du Nord. La Thaïlande ne fait pas exception.

Le concept de kathoey existe depuis des siècles. Dans le Siam prémoderne, ce terme désignait des personnes dont le genre, l’apparence ou le comportement ne correspondaient pas strictement aux attentes associées au sexe assigné à la naissance. Contrairement aux catégories occidentales rigides, le kathoey n’était pas défini uniquement par la sexualité ou par l’anatomie, mais par une combinaison fluide de caractéristiques sociales, corporelles et comportementales.

Il est important de comprendre que la société thaïlandaise traditionnelle ne reposait pas sur une séparation aussi stricte entre « homme » et « femme » que celle imposée plus tard par l’influence occidentale. Les individus étaient avant tout perçus comme des êtres humains inscrits dans un ordre social et spirituel, bien plus que comme des identités de genre figées.


Une société historiquement moins obsédée par la binarité

Pour un esprit européen ou nord-américain, façonné par des siècles de pensée binaire (homme/femme, bien/mal, normal/anormal), cette approche peut sembler déroutante. Pourtant, dans le Siam d’autrefois, la question du genre était souvent secondaire par rapport à d’autres critères : l’âge, le statut social, la position familiale ou le rôle communautaire.

Cela ne signifie pas que les kathoey vivaient dans une utopie égalitaire. Ils pouvaient être moqués, marginalisés ou assignés à certains rôles sociaux. Mais ils existaient. Leur présence n’était ni niée ni systématiquement diabolisée. Elle faisait partie du paysage humain.

Cette différence fondamentale explique en grande partie pourquoi les kathoey semblent aujourd’hui « plus visibles » en Thaïlande qu’en Europe. Ils ne sont pas nécessairement plus nombreux ; ils sont simplement moins contraints à l’invisibilité totale.


Le rôle clé du bouddhisme Theravāda

L’un des éléments centraux pour comprendre cette relative tolérance est le bouddhisme Theravāda, pratiqué par la grande majorité des Thaïlandais. Contrairement aux religions monothéistes occidentales, cette forme de bouddhisme ne repose pas sur un dieu créateur imposant des lois morales strictes concernant le genre ou la sexualité.

L’historien et anthropologue Peter A. Jackson, spécialiste reconnu des questions de genre et de sexualité en Thaïlande, explique dans ses travaux que le bouddhisme Theravāda ne réglemente pas la vie sexuelle des laïcs. Aucun texte sacré n’interdit explicitement les comportements transgenres ou l’homosexualité. Il n’existe pas non plus de notion de « péché » lié à la non-conformité de genre.

Dans cette perspective spirituelle, être kathoey n’est pas une offense à une volonté divine. Il s’agit plutôt d’une manifestation parmi d’autres de l’existence humaine, inscrite dans le cycle des renaissances et du karma. L’identité de genre n’est pas perçue comme fixe ou éternelle, mais comme une étape transitoire sur un chemin spirituel beaucoup plus long.

Certaines personnes kathoey sont même investies d’une aura particulière, perçues comme réunissant en elles des qualités masculines et féminines. Cette vision, loin d’être universelle, contribue néanmoins à une forme de reconnaissance symbolique qui contraste fortement avec la stigmatisation religieuse observée dans de nombreux pays occidentaux.

Entre visibilité médiatique, tourisme et réalités sociales complexes

Si l’histoire et le bouddhisme expliquent en partie pourquoi les kathoey existent depuis si longtemps en Thaïlande, ils ne suffisent pas à comprendre pourquoi leur présence semble aujourd’hui si marquée aux yeux des visiteurs occidentaux. Pour cela, il faut analyser l’impact de la modernité, du tourisme, de la mondialisation et des médias, mais aussi reconnaître les contradictions profondes de la société thaïlandaise contemporaine.

Car non, la Thaïlande n’est pas un paradis transgenre. Et non, les kathoey n’y vivent pas tous dans une acceptation paisible et sans obstacles. La réalité est bien plus nuancée.


Une visibilité amplifiée par le tourisme et les médias

La Thaïlande est l’un des pays les plus visités au monde. Chaque année, des millions de touristes affluent à Bangkok, Phuket, Pattaya ou Chiang Mai, ou l’archipel de Koh Samui , avec des attentes souvent façonnées par les clichés. Bars, cabarets, spectacles, émissions télévisées et vidéos virales participent à renforcer l’idée que les kathoey seraient omniprésents.

Les célèbres spectacles de cabaret, comme ceux de Pattaya ou de Phuket, jouent un rôle central dans cette visibilité. Ils mettent en scène des femmes trans ultra-féminisées, souvent conformes aux standards de beauté occidentaux, ce qui alimente la fascination autant que la confusion. Pour beaucoup de touristes, c’est la première rencontre directe avec des personnes trans, ce qui crée un effet de contraste saisissant avec leur pays d’origine.

Mais cette visibilité est trompeuse. Elle ne reflète qu’une infime partie de la réalité des kathoey, souvent cantonnés à des rôles spécifiques : divertissement, beauté, service ou économie nocturne. Cette surreprésentation médiatique donne l’illusion d’une population plus nombreuse qu’elle ne l’est réellement.


Pourquoi les kathoey semblent-ils « plus nombreux » qu’en Occident ?

La question revient sans cesse : y a-t-il réellement plus de personnes trans en Thaïlande qu’ailleurs ? La réponse courte est : pas nécessairement.

Plusieurs facteurs expliquent cette impression :

  1. Moins d’invisibilisation sociale
    En Europe ou en Amérique du Nord, de nombreuses personnes trans vivent cachées, notamment dans les générations plus âgées. En Thaïlande, l’existence des kathoey étant socialement reconnue depuis longtemps, leur visibilité dans l’espace public est plus grande.
  2. Une catégorisation culturelle différente
    Le terme kathoey englobe des réalités plus larges que la catégorie occidentale « femme trans ». Certaines personnes qui se définiraient comme hommes gays efféminés en Europe peuvent être perçues comme kathoey en Thaïlande.
  3. Une forte concentration dans les zones touristiques
    Les voyageurs ne voient qu’une partie très spécifique du pays, là où la visibilité est maximale.
  4. L’effet loupe des réseaux sociaux
    TikTok, YouTube et Instagram amplifient les images les plus spectaculaires, renforçant les stéréotypes.

Acceptation sociale : tolérance ne veut pas dire égalité

La Thaïlande est souvent décrite comme un pays « tolérant » envers les personnes trans. Cette affirmation est partiellement vraie, mais elle mérite d’être sérieusement nuancée.

Oui, les kathoey peuvent se promener librement, travailler, se maquiller, s’exprimer sans craindre en permanence des violences physiques. Mais cette tolérance est souvent passive et conditionnelle.

Dans de nombreux cas, les kathoey sont acceptés tant qu’ils restent dans des rôles perçus comme « appropriés » : coiffeurs, maquilleurs, artistes, employés du spectacle, vendeurs, hôtesses. Dès qu’ils aspirent à des carrières plus institutionnelles (politique, armée, haute fonction publique), les obstacles se multiplient.


Discriminations légales et administratives

Contrairement à une idée répandue, la Thaïlande ne reconnaît pas encore pleinement l’identité de genre sur le plan légal. Les personnes trans ne peuvent pas modifier la mention de sexe sur leurs documents officiels, même après une chirurgie de réassignation.

Cette contradiction crée des situations absurdes et humiliantes : contrôles d’identité, difficultés d’accès à l’emploi, problèmes bancaires ou médicaux. Les kathoey peuvent être visibles et socialement tolérés, tout en restant juridiquement invisibles.

C’est l’un des grands paradoxes thaïlandais : une acceptation culturelle ancienne, mais un retard institutionnel important.


Chirurgie, esthétique et pression sociale

La Thaïlande est mondialement connue pour ses cliniques de chirurgie de réassignation sexuelle. Ce secteur attire des patient·es du monde entier et contribue à l’image d’un pays particulièrement « avancé » sur les questions trans.

Cependant, cette réalité cache aussi une forte pression sociale. Pour être reconnues comme femmes, beaucoup de kathoey ressentent la nécessité de correspondre à des normes de féminité très strictes : corps mince, peau claire, traits délicats. Celles qui ne répondent pas à ces critères peuvent être marginalisées, y compris au sein de la communauté elle-même.


L’influence occidentale : un retour de bâton inattendu

Ironiquement, si l’Occident fantasme aujourd’hui sur les kathoey, il est aussi responsable d’un certain durcissement des normes de genre en Thaïlande. La colonisation culturelle, l’importation de modèles juridiques européens et l’influence chrétienne indirecte ont renforcé une vision plus binaire du genre au XXᵉ siècle.

Autrement dit, la Thaïlande précoloniale était parfois plus flexible sur le plan du genre que la Thaïlande moderne.


Dépasser le cliché pour mieux comprendre

Réduire les kathoey à des « ladyboys » revient à nier leur histoire, leur spiritualité et leurs luttes contemporaines. Ce terme, bien que populaire, empêche une compréhension fine de la réalité thaïlandaise et perpétue une vision exotisante.

Les kathoey ne sont ni une attraction touristique, ni une curiosité culturelle. Ils sont le produit d’une histoire longue, d’un rapport au genre différent et d’une société traversée par des contradictions profondes.


Conclusion : ce que la Thaïlande nous apprend sur le genre

La question n’est peut-être pas de savoir pourquoi il y aurait « autant de ladyboys » en Thaïlande, mais plutôt pourquoi l’Occident a tant de mal à concevoir des formes de genre qui échappent à ses catégories rigides.

La Thaïlande nous rappelle que le genre n’a jamais été universel, ni figé, ni exclusivement occidental. Les kathoey existent parce qu’ils ont toujours existé. Ce qui change, c’est notre regard.

Et si, au lieu de projeter nos fantasmes et nos peurs, nous commencions enfin à écouter ce que ces sociétés ont à nous apprendre ?

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