Glaçons en Thaïlande : mythe ou réel danger pour la santé des voyageurs ?
« On dit que… » : une rumeur tenace qui colle à la peau de la Thaïlande
« Attention aux glaçons en Thaïlande. »
Cette phrase, presque rituelle, circule depuis des décennies dans les guides de voyage, les forums, les groupes Facebook d’expatriés et les discussions entre voyageurs avant le départ. Elle est souvent prononcée avec un air grave, comme un conseil de survie indispensable, au même titre que « ne bois jamais l’eau du robinet » ou « évite la street food ».
Mais posons-nous une question simple, presque dérangeante tant elle est rarement abordée franchement :
👉 Qui, parmi ceux qui mettent en garde contre les glaçons en Thaïlande, a réellement été malade à cause de glaçons ?
Pas à cause :
- du huitième mojito bu en plein soleil le premier jour à Koh Samui
- d’une déshydratation sévère
- d’un repas trop épicé ou trop copieux
- d’une tourista classique, fréquente dans tous les pays tropicaux
Mais bien uniquement à cause de glaçons servis dans une boisson.
La question mérite d’être posée, car derrière cette peur se cache souvent un mélange de croyances, de généralisations et d’informations dépassées, rarement vérifiées sur le terrain.
Glaçons, eau et maladies : un amalgame fréquent
Lorsqu’on parle des glaçons en Thaïlande, plusieurs éléments sont souvent confondus :
- l’eau du robinet
- l’hygiène alimentaire
- la street food
- les conditions sanitaires générales
- les intoxications alimentaires chez les touristes
Pourtant, les glaçons constituent un sujet distinct, avec leur propre chaîne de production, de distribution et de contrôle.
La plupart des voyageurs associent inconsciemment :
eau non potable = glaçons dangereux
Or, cette équation est largement fausse dans le contexte thaïlandais moderne.
Des millions de glaçons consommés chaque jour… sans incident
Avant d’entrer dans les détails techniques, prenons un instant pour observer la réalité quotidienne.
Chaque jour en Thaïlande :
- des millions de Thaïlandais consomment des boissons avec glaçons
- des millions de touristes boivent des cafés glacés, des thés glacés, des sodas, des jus de fruits, des cocktails
- les glaçons sont omniprésents : restaurants, bars, cafés, 7-Eleven, stands de rue, hôtels, boui-bouis ruraux
👉 Si les glaçons étaient réellement dangereux, les hôpitaux seraient saturés en permanence, et le tourisme — pilier de l’économie thaïlandaise — s’en serait rendu compte depuis longtemps.
Expats et voyageurs longue durée : un baromètre fiable
Un indicateur souvent négligé mais très pertinent est celui des expatriés.
- Des centaines de milliers d’étrangers vivent en Thaïlande à l’année
- Beaucoup y résident depuis 5, 10, 20 ans ou plus
- Ils consomment des glaçons quotidiennement, sans précautions particulières
Café glacé au 7-Eleven, soda avec glace dans un restaurant de quartier, bière servie avec des glaçons dans un bar local : c’est la norme, pas l’exception.
Bien sûr, certains expatriés affirment éviter les glaçons « par principe ». Mais lorsqu’on creuse un peu, on constate souvent que :
- ils n’ont jamais été malades à cause de glaçons
- ils répètent simplement un conseil entendu ailleurs
- ils confondent avec d’autres causes possibles de troubles digestifs
Le cas des petits commerces et des zones rurales
Un argument revient souvent :
« Oui, mais dans les petits villages, les stands poussiéreux ou les boui-bouis de bord de route, c’est risqué… »
Regardons les faits.
Dans de nombreuses zones rurales de Thaïlande :
- il n’y a pas toujours de réfrigérateur
- les boissons sont conservées à température ambiante
- les glaçons servent à refroidir les sodas, bières ou jus
Ces glaçons :
- arrivent en sacs scellés
- sont produits dans des usines spécialisées
- sont livrés quotidiennement
Même dans les endroits les plus modestes, les glaçons ne sont presque jamais fabriqués sur place à partir d’eau du robinet.
Comment sont fabriqués les glaçons en Thaïlande ?
Une industrie structurée et contrôlée
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la fabrication de glaçons en Thaïlande est :
- industrialisée
- réglementée
- surveillée par les autorités sanitaires
La majorité des glaçons consommés dans le pays proviennent :
- d’usines utilisant de l’eau purifiée
- de systèmes de filtration avancée
- de chaînes de production fermées
Les glaçons sont ensuite :
- emballés dans des sacs plastiques scellés
- transportés par des camions spécialisés
- livrés directement aux commerces
👉 Il est très rare qu’un restaurant, un bar ou un stand de rue fabrique ses propres glaçons.
Le détail qui change tout : la forme des glaçons
Un détail révélateur, souvent cité par les habitués de la Thaïlande :
- Les glaçons industriels thaïlandais ont souvent un trou au centre
- Cette forme est caractéristique des machines industrielles
- Elle permet de reconnaître rapidement un glaçon fabriqué de manière professionnelle
Les glaçons faits maison, eux, sont :
- pleins
- opaques
- rarement utilisés dans la restauration
Si vous voyez des glaçons avec un trou, vous pouvez être quasiment certain qu’ils proviennent d’une usine certifiée.
Mais alors, pourquoi cette peur persiste-t-elle ?
1. Des informations anciennes et jamais mises à jour
Beaucoup de conseils sur les glaçons en Thaïlande datent :
- des années 80–90
- d’une époque où les infrastructures sanitaires étaient moins développées
- d’un tourisme beaucoup plus marginal
Depuis, le pays a :
- modernisé ses réseaux
- renforcé ses contrôles sanitaires
- professionnalisé son industrie alimentaire
Mais les conseils, eux, sont restés figés dans le temps.
2. L’effet boule de neige sur Internet
Un blog copie un autre blog.
Un forum répète ce qui a été dit ailleurs.
Un guide de voyage reprend une phrase « par prudence ».
Résultat :
- une rumeur devient une vérité apparente
- personne ne vérifie la source
- peu de témoignages directs existent
👉 Très peu de récits crédibles décrivent une maladie clairement attribuée à des glaçons en Thaïlande.
3. Les vraies causes des troubles digestifs chez les voyageurs
Soyons honnêtes : les voyageurs tombent parfois malades en Thaïlande.
Mais les causes les plus fréquentes sont :
- changement brutal d’alimentation
- consommation excessive d’alcool
- déshydratation
- épices inhabituelles
- fatigue et jet lag
- hygiène personnelle approximative
Les glaçons servent souvent de bouc émissaire pratique, car ils sont faciles à pointer du doigt.
La question de la manutention : un risque universel
Reconnaissons toutefois une chose importante.
Oui, la manutention peut poser problème :
- si une personne malade manipule les glaçons
- si les mains ne sont pas propres
- si les ustensiles sont contaminés
Mais ce risque :
- existe partout dans le monde
- n’est pas spécifique à la Thaïlande
- s’applique aussi bien au Québec, en France ou ailleurs
Un serveur enrhumé à Montréal ou à Paris peut tout autant contaminer un verre.
Une culture de l’hygiène profondément ancrée
Ce que beaucoup d’Occidentaux ignorent, c’est à quel point les Thaïlandais sont sensibles à l’hygiène collective.
L’influence du bouddhisme
Dans la culture bouddhiste :
- rendre quelqu’un malade est moralement répréhensible
- la responsabilité collective est très forte
- la notion de « ne pas nuire à autrui » est centrale
Un restaurateur n’a :
- aucun intérêt
- aucune envie
- aucune logique économique ou morale
à rendre ses clients malades.
Ce serait :
- mauvais pour sa réputation
- mauvais pour son karma
- mauvais pour son business
Un exemple parlant : les masques en période de grippe
Il suffit de prendre le BTS ou le MRT à Bangkok pendant la saison de l’influenza pour le constater :
- une grande partie des passagers portent un masque
- même sans obligation légale
- par respect pour les autres
👉 Quand un Thaïlandais est malade, il garde sa morve pour lui, comme le dit l’expression.
Alors, qui peut vraiment affirmer avoir été malade à cause de glaçons ?
C’est la question centrale.
Pas :
- « j’ai été malade en Thaïlande »
- « j’ai bu quelque chose avec des glaçons »
- « donc ce sont les glaçons »
Mais bien :
« J’ai la certitude médicale et factuelle que ma maladie a été causée par des glaçons. »
Les témoignages réellement documentés sont extrêmement rares, voire inexistants.
Oui, la prudence existe… mais elle est ciblée, pas paranoïaque
Après avoir déconstruit le mythe des glaçons « systématiquement dangereux » en Thaïlande, il serait malhonnête de prétendre qu’il n’existe aucun risque, jamais, nulle part.
La réalité est plus nuancée — et beaucoup plus raisonnable.
👉 Le risque zéro n’existe pas, que vous soyez à Bangkok, Paris, Montréal ou Rome.
Mais en Thaïlande, le danger lié aux glaçons est largement exagéré, surtout lorsqu’on le compare à d’autres facteurs bien plus déterminants.
Les rares situations où la vigilance est justifiée
1. Les glaçons faits maison (cas très marginal)
Le principal scénario réellement problématique serait celui-ci :
- un particulier ou un commerce fabrique ses propres glaçons
- à partir d’eau du robinet non filtrée
- sans contrôle sanitaire
En pratique :
- ce cas est extrêmement rare
- surtout dans la restauration
- encore plus dans les zones touristiques
Comme expliqué précédemment, la quasi-totalité des glaçons sont industriels.
👉 Astuce simple :
- glaçon avec trou au centre = production industrielle
- glaçon plein, opaque, irrégulier = prudence (mais très peu fréquent)
2. Les établissements totalement insalubres (logique universelle)
Il existe, comme partout dans le monde :
- des lieux sales
- des cuisines douteuses
- des conditions d’hygiène discutables
Si un endroit vous semble :
- mal entretenu
- infesté d’insectes
- avec de la vaisselle visiblement sale
Alors :
- les glaçons ne sont pas le vrai problème
- tout le reste l’est déjà
Dans ce cas, évitez simplement l’établissement — glaçons ou non.
3. Les personnes à système immunitaire fragile
Certaines personnes doivent être plus prudentes, peu importe le pays :
- femmes enceintes
- personnes immunodéprimées
- personnes âgées
- maladies chroniques
Dans ce contexte, éviter les glaçons peut être une mesure de confort, mais pas une obligation sanitaire spécifique à la Thaïlande.
Ce que disent réellement les autorités sanitaires
Contrairement à une idée reçue, les autorités sanitaires :
- ne mettent pas en garde contre les glaçons en général
- ciblent surtout :
- l’eau du robinet
- les aliments mal cuits
- l’hygiène des mains
Les glaçons industriels :
- respectent des normes strictes
- sont soumis à des inspections régulières
- font partie de la chaîne alimentaire officielle
👉 Même de grandes chaînes internationales (cafés, fast-foods, hôtels) utilisent les mêmes glaçons que les commerces locaux.
Pourquoi les Thaïlandais consomment-ils autant de glaçons ?
Une nécessité climatique
Avec :
- des températures souvent supérieures à 30°C
- une humidité élevée
- un climat tropical
Les glaçons sont :
- un outil de confort
- une question de santé (refroidissement, hydratation)
- une habitude culturelle profondément ancrée
Si les glaçons rendaient les gens malades :
- les Thaïlandais seraient les premiers touchés
- or, ce n’est tout simplement pas le cas
Une consommation quotidienne et massive
- Café glacé le matin
- Thé glacé à midi
- Soda l’après-midi
- Boisson fraîche le soir
👉 Les glaçons font partie intégrante de la vie quotidienne, pas d’un usage occasionnel réservé aux touristes.
Glaçons vs autres risques alimentaires : le vrai classement
Si l’on devait classer les risques réels pour les voyageurs en Thaïlande, les glaçons arriveraient très loin derrière :
- Déshydratation
- Excès d’alcool
- Changement brutal d’alimentation
- Nourriture trop épicée
- Hygiène des mains insuffisante
- Fatigue, soleil, jet lag
- Glaçons (très loin dans la liste)
👉 Se focaliser sur les glaçons détourne souvent l’attention des vrais facteurs de risque.
Le rôle psychologique de la peur des glaçons
Un faux sentiment de contrôle
Éviter les glaçons donne l’impression :
- d’être prudent
- de maîtriser la situation
- de « voyager intelligemment »
Mais en réalité :
- cela repose rarement sur des faits
- cela peut même générer du stress inutile
- et gâcher une partie de l’expérience culinaire
L’effet nocebo
Quand on est convaincu que quelque chose est dangereux :
- le corps réagit parfois en conséquence
- ballonnements, inconfort, stress digestif
👉 La peur peut parfois provoquer les symptômes qu’on redoute.
Comment consommer des glaçons en Thaïlande en toute sérénité
Règle n°1 : observez, comme partout
- L’endroit est-il propre ?
- Le flux de clients est-il constant ?
- Les locaux consomment-ils la même chose que vous ?
Si la réponse est oui :
- les glaçons sont très probablement sans danger
Règle n°2 : faites confiance au bon sens, pas aux rumeurs
Un café glacé au 7-Eleven ?
Un jus frais dans un restaurant fréquenté ?
Un soda avec glace dans un bar local ?
👉 Aucun problème dans l’immense majorité des cas.
Règle n°3 : hydratez-vous correctement
Paradoxalement :
- éviter les glaçons
- boire moins
- ou se limiter à l’eau tiède
peut être bien plus néfaste sous les tropiques.
Témoignages : ce qu’on entend vraiment sur le terrain
Quand on interroge :
- des expatriés
- des voyageurs longue durée
- des backpackers aguerris
Les réponses sont souvent similaires :
« J’ai eu la tourista une fois, mais c’était clairement la nourriture. »
« Je bois avec des glaçons tous les jours depuis des années. »
« J’évitais au début, puis j’ai arrêté de me compliquer la vie. »
👉 Les témoignages attribuant clairement une maladie aux glaçons sont quasiment inexistants.
Alors, faut-il éviter les glaçons en Thaïlande ?
Réponse courte (pour Google 😉) :
Non, les glaçons en Thaïlande ne sont pas dangereux dans la grande majorité des cas.
Réponse longue (et honnête) :
- Les glaçons sont majoritairement industriels
- Fabriqués avec de l’eau purifiée
- Distribués dans une chaîne contrôlée
- Consommés quotidiennement par la population locale
Les risques existent :
- comme partout
- mais ils sont marginaux
- et largement surévalués
Conclusion : sortons enfin de ce mythe
La peur des glaçons en Thaïlande est :
- une rumeur persistante
- rarement étayée par des faits
- entretenue par répétition
Voyager, ce n’est pas :
- éliminer tous les risques imaginaires
- se priver inutilement
- vivre dans la méfiance permanente
Voyager, c’est :
- observer
- comprendre
- s’adapter
- et profiter intelligemment
Alors la prochaine fois qu’on vous dira :
« Attention aux glaçons en Thaïlande… »
Vous pourrez répondre, calmement :
« Et vous, vous avez déjà été malade à cause de glaçons ? »

