Chaiyaphum, le secret le mieux gardé du nord-est de la Thaïlande
Entre forêts sacrées, pierres millénaires et fleurs mythiques
Dans le nord-est de la Thaïlande, loin des plages surpeuplées et des circuits touristiques classiques, se cache une province encore préservée du tourisme de masse : Chaiyaphum. Peu connue, rarement citée dans les guides traditionnels, elle offre pourtant une concentration exceptionnelle de parcs nationaux, de paysages sauvages, de temples forestiers et de merveilles naturelles.
Voyager à Chaiyaphum, c’est accepter de ralentir. C’est quitter les routes évidentes pour emprunter des chemins bordés de forêts épaisses, de plantations fruitières et de collines ondoyantes. C’est aussi faire l’expérience rare d’un lieu où l’étranger reste une curiosité bienveillante, accueilli avec un sourire sincère et une hospitalité intacte.
Pourquoi visiter Chaiyaphum ?
Une Thaïlande authentique, loin des foules
Alors que la majorité des voyageurs se dirigent vers des provinces voisines comme Khon Kaen ou Lop Buri, Chaiyaphum demeure à l’écart. Et c’est précisément ce qui fait sa force. Ici, pas de files d’attente interminables, pas de selfies à la chaîne. La province cultive une atmosphère de mystère, presque de découverte initiatique, comme si chaque visiteur devenait, l’espace d’un instant, un explorateur des temps modernes.
Cette faible fréquentation touristique a également façonné le rapport avec les habitants. À Chaiyaphum, on ne vous voit pas comme un client, mais comme un invité. Les échanges sont spontanés, les conversations sincères, et le temps semble s’étirer au rythme paisible de la campagne thaïlandaise.
La meilleure période pour visiter Chaiyaphum : la saison des pluies
Quand la nature révèle toute sa splendeur
Contrairement à une idée reçue, la saison des pluies est la période idéale pour découvrir Chaiyaphum. De juin à septembre, les averses transforment les paysages en une mosaïque de verts intenses. Les rivières se gonflent, les cascades rugissent, et la terre semble littéralement respirer.
C’est aussi durant cette période que la province célèbre son trésor floral le plus emblématique : le krachiao, plus connu sous le nom de tulipe du Siam.
Les tulipes du Siam : un spectacle naturel unique en Thaïlande
Endémiques de la région, les tulipes du Siam fleurissent chaque année dans les parcs nationaux de Sai Ngam et de Thepsathit. Le spectacle est saisissant : des milliers de fleurs violettes surgissent de la verdure luxuriante, oscillant doucement sous la brise et la pluie fine.
Photographes, amoureux de la nature et voyageurs curieux se donnent rendez-vous dès l’annonce des premières floraisons. Le contraste entre le violet profond des fleurs et le vert éclatant des prairies crée une scène presque irréelle, digne d’un tableau impressionniste.

👉 Conseil : si vous cherchez une expérience nature unique en Thaïlande, les tulipes du Siam à Chaiyaphum figurent parmi les plus beaux spectacles floraux du pays.
Mo Hin Khao : le Stonehenge de Thaïlande
Une énigme de pierre au cœur du parc national de Phu Laen Kha
Parmi les sites les plus fascinants de Chaiyaphum, Mo Hin Khao occupe une place à part. Classé parmi les Sept Merveilles de Thaïlande, ce lieu énigmatique est souvent surnommé le Stonehenge thaïlandais.
Son nom signifie littéralement « la colline des roches blanches ». Et dès que l’on s’en approche, le sentiment est immédiat : on pénètre dans un espace hors du temps.
Un monument façonné par la géologie, non par l’homme
Contrairement à son cousin britannique, Mo Hin Khao n’est pas une construction humaine. Ces formations de grès sont le résultat de millions d’années de mouvements géologiques, d’érosion et de bouleversements tectoniques.
Cinq gigantesques blocs de pierre, culminant à plus de 12 mètres de hauteur, se dressent fièrement dans le paysage. Leur alignement, presque parfait, intrigue autant qu’il fascine. Longtemps dissimulées sous une jungle dense puis sous des plantations de manioc, ces pierres n’ont été mises en valeur que récemment.
Aujourd’hui, la végétation a été dégagée, permettant aux visiteurs de circuler librement autour de ces colosses minéraux.
Mystères, croyances et nuits sous la lune
Selon les croyances locales, Mo Hin Khao s’illumine lors de jours propices du calendrier bouddhiste, lorsque la pleine lune ou la lune décroissante baigne les pierres d’une lumière presque surnaturelle.
Les plus aventureux peuvent même camper sur place, afin de vivre l’expérience au clair de lune. Les infrastructures sont simples, presque rudimentaires, mais l’émotion ressentie compense largement le confort spartiate. Dans le silence nocturne, face à ces géants de pierre, on comprend pourquoi le lieu inspire respect et contemplation.
Vers Tad Ton : barrages, forêts et routes panoramiques
Après la visite de Mo Hin Khao, la route se poursuit naturellement vers un autre joyau de la province : le parc national de Tad Ton. En chemin, un arrêt s’impose près du barrage de Lam Pathao, dont les eaux tranquilles contrastent avec la densité des forêts environnantes.
Les petits restaurants locaux offrent une vue imprenable sur le barrage. Autour d’un plat simple mais savoureux, il n’est pas rare qu’un habitant vous glisse, presque comme un secret :
« Vous devriez absolument visiter le Wat Arun Dhamma Sathan… Peu de gens le connaissent, mais c’est le temple frère du Wat Arun de Bangkok. »
Et à Chaiyaphum, il serait dommage de ne pas écouter ce genre de conseil.
Chaiyaphum, là où la forêt murmure encore
Temples cachés, cascades vivantes et promesses de retour
Il est des routes que l’on emprunte sans vraiment savoir où elles mènent, mais qui, pourtant, semblent guidées par une intuition ancienne. À Chaiyaphum, ces routes serpentent entre collines assoupies et forêts profondes, comme si la terre elle-même invitait le voyageur à s’éloigner du monde connu.
C’est en suivant l’une d’elles que l’on découvre Wat Arun Dhamma Sathan, un temple encore confidentiel, perché dans les hauteurs, à l’écart du bruit et de la hâte.
Wat Arun Dhamma Sathan
Le temple blanc qui veille sur les collines
Pour atteindre ce sanctuaire, il faut quitter les axes principaux et s’enfoncer dans un paysage d’une douceur saisissante. De vastes plantations de fruits s’étendent à perte de vue : ananas hérissés de soleil, fruits du dragon suspendus comme des lanternes végétales. Quelques resorts élégants, discrets, se glissent dans le décor, côtoyant des maisons traditionnelles en bois, comme un dialogue silencieux entre modernité et mémoire.
Le temple apparaît soudain, immaculé, presque irréel. Wat Arun Dhamma Sathan semble flotter au-dessus de la canopée, sa pagode blanche captant la lumière comme une promesse.
L’ascension est douce mais constante. À chaque pas, le monde d’en bas s’éloigne, et avec lui les pensées superflues. Arrivé au sommet, le regard s’ouvre sur l’immensité de la chaîne montagneuse de Phetchabun, frontière naturelle qui coupe la région en deux. Les montagnes ondulent à l’horizon, couvertes d’un manteau vert profond, invitant à la marche, à la contemplation, à l’abandon.
Un sanctuaire encore inachevé, mais déjà habité
Le temple n’est pas encore totalement achevé. Pourtant, cette incomplétude lui confère une beauté singulière, comme une œuvre en devenir. Les échos du Wat Arun de Bangkok sont perceptibles dans les lignes, dans l’élan vertical, dans l’éclat du blanc.
Placés sous le patronage de la princesse Soamsawali, les travaux avancent avec une patience presque monastique. Ici, rien ne presse. Le temple grandit au rythme du silence et de la foi, devenant peu à peu un lieu de pèlerinage, autant qu’un refuge pour l’âme.
Les monastères forestiers de Chaiyaphum
Quand le bouddhisme se fait murmure
Chaiyaphum est une terre de monastères forestiers. Dissimulés dans les plis de la jungle, ces lieux spirituels semblent respirer au même rythme que la nature. Les moines y vivent dans une simplicité radicale, méditant sous les arbres, marchant pieds nus sur la terre humide, laissant la forêt devenir leur temple.
Pour le voyageur attentif, ces monastères ne sont pas des attractions, mais des rencontres. On y apprend à écouter : le vent dans les feuilles, le chant lointain des oiseaux, le silence entre deux respirations.
Le parc national de Tad Ton
L’eau comme battement du paysage
Après les collines, la route descend vers l’un des cœurs vivants de la province : le parc national de Tad Ton. L’un des quatre grands parcs nationaux de Chaiyaphum, il épouse les courbes de la chaîne de Phu Laen Kha, dont le sommet culmine à 945 mètres.
Ces collines nourrissent les rivières de la région, et l’eau y circule comme une énergie ancienne, sculptant la pierre, apaisant l’air.
La cascade de Tad Ton, la plus célèbre du parc, ne cherche pas à impressionner par la hauteur. Elle séduit par sa largeur, par sa manière de glisser sur de vastes plateaux rocheux, créant des bassins naturels où l’on peut s’immerger, s’allonger, se laisser porter.

Songkran à Tad Ton
Quand l’eau devient célébration
Durant la saison chaude, au moment du festival de Songkran, Tad Ton devient un lieu de rassemblement joyeux. Familles et amis s’y retrouvent pour se rafraîchir, rire, éclabousser l’été. L’eau n’est plus seulement un élément naturel : elle devient un lien, un jeu, une bénédiction.
Mais c’est durant la saison des pluies, de juin à septembre, que la cascade révèle son autre visage. Les pluies gonflent les rivières, et l’eau se déverse avec une force presque hypnotique. Des milliers de litres par seconde s’élancent sur la roche, emplissant l’air d’un grondement profond, primitif.
La saison des pluies, âme de Chaiyaphum
À Chaiyaphum, la pluie n’est pas une contrainte. Elle est une respiration. Elle adoucit la chaleur, intensifie les couleurs, réveille les parfums. Les feuilles brillent, la terre exhale une odeur sombre et fertile, et la province semble renaître chaque jour.
C’est à cette période que les parcs nationaux atteignent leur apogée, que les chemins de randonnée deviennent des invitations, que les tulipes du Siam réapparaissent comme un rituel immuable.
Chaiyaphum, une promesse de retour
On quitte rarement Chaiyaphum avec le sentiment d’avoir tout vu. Au contraire. On repart avec l’impression d’avoir effleuré quelque chose d’essentiel. Un rythme plus lent. Une relation plus intime à la nature. Une Thaïlande intérieure, silencieuse, presque secrète.
Peut-être reviendrez-vous. Avec de meilleures chaussures de randonnée. Plus de temps. Moins d’attentes. Pour marcher dans les montagnes de Phetchabun, pour suivre les sentiers humides après la pluie, pour retrouver les champs violets des tulipes du Siam.
Le secret de Chaiyaphum n’est plus tout à fait un secret.
Mais il reste un privilège.
🧭 Informations pratiques – Chaiyaphum
Distance depuis Bangkok : environ 333 km
En voiture
Depuis Bangkok, prendre la route n°1 (Phahonyothin Road) jusqu’à Saraburi, puis la route n°2 (Mittraphap Road). Tourner ensuite sur la route n°201 à Sikhio, traverser Dan Khun Thot et Chatturat avant d’atteindre Chaiyaphum.
En bus
Des bus quotidiens relient Bangkok à Chaiyaphum (environ 5 h 30 de trajet) depuis le terminal de Mo Chit 2. Des bus VIP sont également disponibles.
Des liaisons régulières existent depuis Khon Kaen (environ 2 h 30).




