7 000 boutiques de cannabis fermeront leurs portes en Thaïlande : vers un tournant majeur du marché du cannabis
Introduction : la fin d’un âge d’or pour le cannabis en Thaïlande ?
La Thaïlande, premier pays d’Asie du Sud-Est à avoir dépénalisé le cannabis, s’apprête à vivre un changement radical dans sa politique cannabique. Après une période d’expansion spectaculaire du marché, marquée par l’ouverture de milliers de boutiques spécialisées, le gouvernement thaïlandais a annoncé un resserrement drastique de la réglementation.
Selon les déclarations officielles du ministre thaïlandais de la Santé publique, plus de 7 000 boutiques de cannabis pourraient être contraintes de fermer leurs portes dans les prochaines années, dont certaines à Koh Samui, Koh Phangan, Koh Tao, Khanom et Sichon Bay, c’est-à-dire, en archipel élargi de Koh Samui, faute de renouvellement de leurs licences. Cette décision marque un virage stratégique majeur dans la gestion du cannabis à des fins commerciales, médicales et sociales.
Derrière cette annonce se cachent des enjeux multiples : protection des consommateurs, lutte contre les abus, contrôle du marché, mais aussi pressions politiques, économiques et sociales. Alors que le cannabis avait été présenté comme une opportunité économique pour les petits entrepreneurs et le secteur agricole, la réalité semble aujourd’hui beaucoup plus complexe.
La dépénalisation du cannabis en Thaïlande : rappel historique
Un choix politique inédit en Asie
En 2022, la Thaïlande a créé la surprise en devenant le premier pays asiatique à dépénaliser le cannabis. Cette décision historique a retiré la plante de la liste des stupéfiants, ouvrant la voie à un usage médical, thérapeutique et commercial, sous certaines conditions.
À l’époque, le gouvernement mettait en avant plusieurs objectifs :
- stimuler l’économie locale,
- soutenir les agriculteurs,
- développer la médecine traditionnelle thaïlandaise,
- attirer le tourisme médical,
- réduire le marché noir.
Une explosion incontrôlée des boutiques de cannabis
Dans les mois qui ont suivi la dépénalisation, le pays a connu une véritable ruée vers le cannabis. Des milliers de boutiques ont ouvert, notamment à Bangkok, Chiang Mai, Phuket et Pattaya, souvent dans des zones touristiques très fréquentées.
En moins de deux ans :
- le nombre de boutiques de cannabis a dépassé les 10 000 établissements,
- le marché a attiré des investisseurs locaux et étrangers,
- les produits dérivés (fleurs, huiles, edibles) se sont multipliés,
- la frontière entre usage médical et récréatif est devenue floue.
Cette croissance rapide, souvent mal encadrée, a rapidement soulevé des préoccupations sanitaires et sociales.
7 000 fermetures annoncées : ce qu’a confirmé le ministère de la Santé
Des licences non renouvelées à grande échelle
La semaine dernière, le ministre thaïlandais de la Santé publique a confirmé que plus de 7 000 boutiques de cannabis ne verront pas leurs licences renouvelées. Ces fermetures ne sont pas immédiates, mais s’inscrivent dans un calendrier réglementaire progressif.
Selon les chiffres communiqués :
- 4 587 licences expireront en 2026,
- 5 210 licences supplémentaires arriveront à expiration en 2027.
Cela signifie que la majorité des exploitants actuels devront soit se conformer à des exigences beaucoup plus strictes, soit quitter le marché.
Une consolidation inévitable du secteur
Ces fermetures massives annoncent une consolidation du marché du cannabis en Thaïlande. Les petits commerces indépendants, souvent ouverts rapidement avec peu de moyens, risquent d’être les premiers touchés.
À l’inverse, les structures capables d’investir dans :
- la conformité réglementaire,
- la traçabilité des produits,
- les normes sanitaires,
- la formation du personnel,
auront plus de chances de survivre à cette nouvelle phase.
Pourquoi le gouvernement thaïlandais durcit-il la réglementation du cannabis ?
Des inquiétudes croissantes pour la santé publique
L’une des principales raisons avancées par le gouvernement est la protection des consommateurs, en particulier :
- les mineurs,
- les personnes vulnérables,
- les populations rurales.
Plusieurs études et rapports locaux ont mis en évidence :
- une augmentation des cas d’usage non médical,
- des produits vendus sans information claire sur le dosage,
- des effets indésirables liés à une consommation excessive.
Le flou juridique initial a permis à certaines boutiques de fonctionner quasi librement, sans contrôle suffisant.
Des pressions politiques et sociétales
Le cannabis reste un sujet sensible en Thaïlande, pays profondément marqué par des valeurs culturelles et religieuses conservatrices. Plusieurs partis politiques et organisations civiles ont exprimé leur inquiétude face à :
- la banalisation de la consommation,
- l’impact sur les jeunes,
- la transformation de certaines zones touristiques.
À l’approche d’échéances électorales, le cannabis est devenu un enjeu politique majeur, utilisé comme levier de positionnement idéologique.
Un nouveau projet de réglementation plus strict et plus structuré
Un cadre légal renforcé pour la vente et la transformation
Le nouveau projet de réglementation annoncé par le ministère de la Santé vise à instaurer un mécanisme de contrôle beaucoup plus clair et restrictif concernant :
- l’exportation du cannabis,
- la vente au détail,
- la transformation à des fins commerciales.
L’objectif affiché est double :
- encadrer strictement les usages autorisés,
- réduire les dérives observées depuis la dépénalisation.
Une volonté de professionnaliser le secteur
Le gouvernement souhaite désormais que le cannabis soit traité comme un produit de santé et de bien-être, et non comme un simple produit de consommation courante.
Cela implique :
- des normes de qualité strictes,
- des contrôles réguliers,
- une traçabilité complète de la production à la vente,
- des obligations de formation pour les vendeurs.
Quels établissements seront encore autorisés à vendre du cannabis ?
Une liste d’acteurs clairement définis par la loi
Dans le cadre du nouveau système, la vente de cannabis ne sera autorisée que dans des établissements explicitement reconnus par la loi. Il s’agit notamment :
- des établissements médicaux agréés,
- des pharmacies autorisées,
- des commerces de détail spécialisés dans les produits à base de plantes,
- des lieux de travail des guérisseurs traditionnels thaïlandais.
Cette liste exclut de facto une grande partie des boutiques actuelles, notamment celles orientées vers un usage récréatif ou touristique.
Le retour en force de la médecine traditionnelle
La réforme met également en avant la médecine traditionnelle thaïlandaise, qui utilise le cannabis depuis des siècles dans certains traitements. Le gouvernement souhaite repositionner la plante dans un cadre culturel, médical et patrimonial, plutôt que commercial.
Un choc économique pour des milliers d’entrepreneurs
Des investissements menacés
Pour de nombreux entrepreneurs, la fermeture des boutiques représente :
- des investissements perdus,
- des loyers commerciaux difficiles à honorer,
- des stocks invendus,
- des emplois menacés.
Le secteur du cannabis avait attiré de nombreux jeunes entrepreneurs, souvent sans expérience préalable, séduits par la promesse d’un marché en pleine croissance.
Un impact sur l’emploi et le tourisme
La fermeture de milliers de boutiques pourrait également avoir un impact sur :
- l’emploi local,
- l’attractivité touristique,
- les revenus des agriculteurs producteurs de cannabis.
Certaines régions, très dépendantes du tourisme cannabique, pourraient être particulièrement touchées.
Cannabis en Thaïlande : tourisme, consommateurs et avenir du marché après la fermeture de 7 000 boutiques
Le tourisme cannabique en Thaïlande : une attraction désormais menacée
Un nouveau type de tourisme né après la dépénalisation
Depuis la dépénalisation du cannabis, la Thaïlande était devenue une destination phare du tourisme cannabique en Asie. Pour de nombreux voyageurs occidentaux, mais aussi asiatiques, le pays représentait une alternative plus accessible que l’Europe ou l’Amérique du Nord.
Bangkok, Phuket, Pattaya ou encore Chiang Mai avaient vu fleurir :
- des dispensaires modernes,
- des salons de consommation,
- des boutiques orientées vers les touristes,
- des offres combinant bien-être, cannabis et médecine traditionnelle.
Ce tourisme cannabique s’intégrait souvent à des séjours axés sur :
- le bien-être,
- le yoga,
- les massages traditionnels,
- la médecine alternative.
Une manne économique pour les zones touristiques
Dans certaines zones très fréquentées, le cannabis était devenu un produit d’appel touristique. Les boutiques attiraient une clientèle internationale à fort pouvoir d’achat, contribuant :
- à la hausse de la fréquentation,
- à la dynamisation des commerces environnants,
- à la création d’emplois indirects.
La fermeture annoncée de plus de 7 000 boutiques de cannabis pourrait donc avoir un effet domino sur l’économie touristique locale.
Quelles conséquences pour les touristes étrangers ?
Une offre plus rare et plus encadrée
Avec le nouveau cadre réglementaire, les touristes ne trouveront plus de boutiques de cannabis à chaque coin de rue. L’accès sera désormais :
- plus limité géographiquement,
- réservé à des établissements autorisés,
- soumis à des règles plus strictes.
Cela pourrait réduire l’attrait de la Thaïlande pour certains voyageurs attirés par la liberté de consommation, mais aussi rassurer une autre partie du public, plus sensible aux questions de sécurité et de légalité.
Risque de confusion pour les visiteurs
L’un des enjeux majeurs sera la clarté de l’information. Beaucoup de touristes ignorent déjà les subtilités de la législation thaïlandaise. Une réglementation plus complexe pourrait entraîner :
- des erreurs involontaires,
- des infractions non intentionnelles,
- une perception négative du pays comme destination cannabique.
Le gouvernement devra donc investir dans :
- une communication multilingue,
- une signalétique claire,
- des campagnes d’information ciblant les visiteurs étrangers.
Le cannabis médical : pilier central de la nouvelle stratégie
Une priorité clairement affirmée par les autorités
Contrairement à l’usage récréatif, le cannabis médical reste au cœur de la politique thaïlandaise. Le gouvernement souhaite préserver et développer :
- les traitements à base de cannabis,
- les prescriptions médicales encadrées,
- la recherche scientifique.
Les établissements médicaux agréés devraient donc bénéficier d’un cadre plus stable, voire renforcé.
Le développement du tourisme médical
La Thaïlande est déjà une référence mondiale en matière de tourisme médical. L’intégration du cannabis thérapeutique pourrait renforcer cette position, notamment pour :
- les patients souffrant de douleurs chroniques,
- les personnes atteintes de maladies neurologiques,
- les traitements palliatifs.
Dans ce contexte, le cannabis ne serait plus un produit touristique de loisir, mais un outil thérapeutique intégré à l’offre médicale nationale.
Les réactions des professionnels du secteur
Inquiétude et colère chez les petits exploitants
De nombreux propriétaires de boutiques de cannabis ont exprimé leur inquiétude face à ces annonces. Pour beaucoup, les règles changent trop rapidement, sans :
- période de transition suffisante,
- accompagnement financier,
- soutien administratif.
Certains dénoncent une politique qui favorise :
- les grandes entreprises,
- les groupes médicaux,
- les investisseurs institutionnels,
au détriment des petits entrepreneurs locaux.
Vers une professionnalisation du marché
D’autres acteurs, en revanche, voient cette réforme comme une opportunité de structuration. Pour eux, un marché mieux régulé permettra :
- d’éliminer les acteurs peu sérieux,
- d’améliorer la qualité des produits,
- de renforcer la confiance des consommateurs et des touristes.
Cette division illustre les tensions internes d’un secteur encore jeune.
Le risque du retour du marché noir
Une conséquence souvent observée à l’international
L’un des risques majeurs de toute réglementation trop stricte est la recrudescence du marché noir. Si l’accès légal devient trop complexe ou trop cher :
- certains consommateurs se tourneront vers des circuits illégaux,
- les touristes pourraient être tentés par des offres non officielles,
- les contrôles pourraient devenir plus difficiles.
Plusieurs pays ayant durci leur législation ont connu ce phénomène, notamment dans les premières années de régulation.
Le défi de l’équilibre réglementaire
Le gouvernement thaïlandais devra donc trouver un équilibre délicat :
- protéger la santé publique,
- maintenir une offre légale accessible,
- éviter la criminalisation excessive des usagers.
Un encadrement trop rigide pourrait produire l’effet inverse de celui recherché.
Comparaison internationale : la Thaïlande face aux autres modèles
Canada, États-Unis, Europe : des trajectoires différentes
Contrairement au Canada ou à certains États américains, la Thaïlande n’a jamais pleinement assumé un modèle de cannabis récréatif légal. La dépénalisation initiale s’est faite sans cadre précis, ce qui explique en partie la situation actuelle.
En Europe, les modèles sont plus prudents :
- clubs sociaux de cannabis,
- expérimentation contrôlée,
- priorité donnée à la santé publique.
La Thaïlande semble aujourd’hui se rapprocher de cette approche plus conservatrice.
Une spécificité culturelle et régionale
Le contexte asiatique reste très différent. La plupart des pays voisins maintiennent des lois extrêmement sévères sur les drogues. La Thaïlande doit donc composer avec :
- son image internationale,
- ses engagements régionaux,
- les pressions diplomatiques.
La réforme actuelle peut être vue comme une tentative de rééquilibrage.
Quel avenir pour le cannabis et le tourisme en Thaïlande ?
Vers un tourisme plus responsable et mieux encadré
À moyen terme, la Thaïlande pourrait voir émerger un tourisme cannabique plus qualitatif, moins axé sur la consommation libre et plus orienté vers :
- le bien-être,
- la santé,
- la culture locale.
Des offres combinant :
- soins médicaux,
- médecine traditionnelle,
- séjours bien-être,
pourraient remplacer les simples boutiques de vente.
Une image internationale à redéfinir
La fermeture de 7 000 boutiques de cannabis marque la fin d’une phase expérimentale. La Thaïlande entre désormais dans une nouvelle ère de régulation, où le cannabis ne sera plus un symbole de liberté soudaine, mais un produit strictement encadré.
Cette transition sera déterminante pour :
- l’économie,
- le tourisme,
- la santé publique,
- et la crédibilité internationale du pays.
Conclusion : une réforme à hauts risques mais stratégique
La décision de fermer des milliers de boutiques de cannabis représente un choix politique fort, aux conséquences multiples. Si elle peut fragiliser certains acteurs économiques et réduire l’attrait touristique à court terme, elle vise avant tout à structurer durablement le marché.
Pour la Thaïlande, l’enjeu est clair : trouver sa propre voie entre libéralisation et contrôle, innovation et tradition, tourisme et responsabilité.
Le cannabis, autrefois perçu comme une opportunité rapide, devient désormais un test grandeur nature de gouvernance, de régulation et de vision à long terme.


